08 10 10
Un million pour Sarkozy
Coucou ! C’est moi qui m’était plaint de la
façon dont le Nouvel Obs avait traité Carla … Je récidive. Français,
Françaises, en vérité je vous le dis : il est malsain que vous soyez si
mesquins avec vos dirigeants. Il n’est pas normal que vous ne donniez
pas, bon an mal an, un million d’euros à votre président.
De
quoi j’me mêle ? Si je viens vous parler finance, c’est que que j’ai
comme vous l’héritage mixte de Jacques Cœur et de Surcouf, mais aussi
parce que vous saurez, Mossieu, que je suis Canadien. Moi qui vous
parle, j’ai marché à Montréal sur le bout de trottoir de la Place
Victoria que traverse souvent, par beau temps, pour aller de sa
limousine à son bureau, l’homme qui s’est précipité à la cuisine pour
régler l’ardoise, le soir du 6 mai au Fouquet’s.
J’ai
même déjà vu, derrière les rideaux, la silhouette de Paul Desmarais. Ce
n’est pas rien. Combien de vous avez frôlé de si près un Grand-Croix de
la Légion d’honneur ? Et pas n’importe lequel, celui qui s’y connait en
fric. Donc, si je vous parle finance et politique, vous saurez que je
sais de quoi je parle. Je veux vous parler finance et politique, plus
précisément, de corruption.
On jase de démocratie et
des détails de son fonctionnement, en oubliant qu’une conséquence de la
démocratie est de donner le pouvoir politique a des gens qui ne sont
pas toujours riches, dans un monde où la richesse achète presque tout.
De là à penser que le pouvoir politique est à vendre, il y a un pas à
franchir que je ne franchirai pas, car ce trottoir est bien achalandé.
Je dirai simplement, comme Surcouf, qu’on ne devient pirate que pour
avoir ce qui nous manque et que je trouve gênant que les oints du
Seigneur Peuple soient si imprudemment induits en tentation.
Ils
sont aiguillonnés vers le péché avec d’autant plus de perversité, qu’on
les prive du minimum dont doit jouir un homme de pouvoir. Parce que
vraiment, là, les cousins, côté rémunération, vous êtes d’un minable…
Vous n’écoutez pas CNN, comme tout le monde ? Tous ces financiers qu’on
désigne aujourd’hui à la télévision à la vindicte populaire, pour le
dérapage de l’économie, touchaient chacun en salaires et primes 10, 50,
100 millions de dollars par année. Comment osez-vous parler en milliers
d’euros de la rémunération du Président de la République ?
Et
si on traite ainsi le chef, imaginez l’indigence des ministres, la
misère des hauts fonctionnaires ! Il faut combler les décideurs
publics. Le salaire des décideurs publics, nommés ou élus, doit être
doublé ou triplé ! Être un mandataire du peuple et décider en son nom
doit être le plus prestigieux des emplois et il doit s’y rattacher un
salaire exceptionnel.
Si on veut que leur
enrichissement se fasse ailleurs que dans des comptes en Suisse, il
faut que la rémunération des décideurs responsables de l’État augmente
de façon spectaculaire. Les sommes nécessaires pour leur consentir ces
salaires décents sont insignifiantes en regard des budgets de l’État et
tout avantage financier raisonnable qu’on pourrait leur consentir est
négligeable, si on le compare au coût d’une seule mauvaise décision de
l’État.
Pourquoi cette aberration d’un salaire
parcimonieux à ceux qui devraient être le mieux rémunérés ? Et le plus
bête, c’est que ce n’est pas faute de moyens que les décideurs publics
sont si mal payés, mais à cause d’un vieux fond de puritanisme qui
voudrait laisser croire qu’ils sont parfaitement désintéressés et ne
veulent PAS s’enrichir.
Cet angélisme naïf est
délétère pour la démocratie, car c’est une corruption rampante et
tolérée qui vient nous dire chaque jour que ce n’est pas vrai. Or, on
ne peut imaginer crime plus néfaste dans ses conséquences sociales que
de mettre à profit un mandat reçu de toute la société pour toucher un
pot-de-vin et sacrifier les intérêts et les espoirs de milliers ou de
millions de personnes qui vous ont fait confiance.
La
corruption est le péché de Judas, le péché des « félons qui, s’étant
acquis la confiance d’un autre, se servent de cette confiance pour
tromper celui qui la leur a accordée et lui nuire en en tirant profit
». Dans l’Enfer de Dante, ce sont ces félons qui sont dans les bras
mêmes de Satan.
La corruption est la maladie mortelle de la
démocratie. Pourtant, elle est souvent accueillie aujourd’hui avec un
haussement d’épaules. Pourquoi ? Parce que le citoyen sent confusément
que les dirigeants ont une possibilité de s’enrichir bien au-dela de
leur traitement et se dit in petto que lui-même… Bref, qui volerait un
œuf est bien peu enclin à s’émouvoir de leurs indélicatesses.
Mais
si le politicien ou le fonctionnaire coupable avait un traitement bœuf,
à faire rêver Quidam Lambda, soyez sûr que ce dernier, envieux, ne lui
pardonnerait rien. Or c’est cette réprobation universelle qui est
nécessaire pour faire disparaître la corruption. Pour stopper la
corruption, il faut rendre le corrompu odieux.
Comme
le fait CNN aux USA. En dénonçant chaque soir, un par jour, les
financiers qui se sont accaparé des centaines de millions de dollars en
salaires et bonis alors qu’ils conduisaient la pays à la ruine; on
cherche indubitablement à mettre fin à la complaisance du citoyen
américain face à cet enrichissement éhonté… et à lui désigner des boucs
émissaires.
Cessons donc de croire qu’il est
condamnable qu’un ministre, qui gère 10 ou 20 milliards des fonds
publics, touche une rémunération annuelle de 500 000 ou d’un million
d’euros, alors que n’importe quel bon joueur de foot ou acteur a belle
gueule, est encouragé à en exiger encore plus.
Il
n’y a rien d’inconvenant à ce que, durant son mandat, on assume aussi
pour un décideur public des frais divers qui lui feront une vie de
pacha. Il mérite une vie de pacha. Il EST le pacha. Il faut que le
décideur public se SENTE riche et soit satisfait. Il faut qu’il soit su
de tous qu’il est riche. Ce qui est inconvenant, c’est que ceux qui
gère nos milliards n’aient pas les moyens de boire les mêmes vins que
le milliardaire qui veut les amadouer pour nous vendre des avions ou
nous construire des autoroutes.
Donc, allez hop !
Investissons dans la gouvernance et le fonctionnariat. Prevoyez
annuellement un demi-million pour Fillon et tout qu’il faut pour
Rachida – ce qui est bon pour la haute-couture et bon pour la France -
et tout les autres a l’avenant.
Sarkozy ? Le
président devrait avoir son propre yacht, mais, faute de mieux, disons
un million pour commencer. Prenons un million, prenons en deux. À la
santé du Roi de France…
Pierre
JC Allard
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