08 10 30
La
démocratie en faillite
En 1998, Il y a
maintenant 10 ans, un sondage publié dans ” Actualité ” - et très
largement diffusé - nous apprenait que 4% seulement des électeurs
“faisaient très confiance à leurs hommes politiques”. 70% ne
croyaient pas qu’ils réaliseraient leurs promesses. Quand 96 % de la
population n’a plus très confiance en ses chefs et qu’une bien large
majorité d’entre elle ne croit plus en leurs promesses, on fait face à
une crise de confiance grave.
Cette crise mène à une
désaffection profonde de l’électorat, qui ne perçoit plus très bien
l’utilité de son vote, ni même la nécessité de sa participation au
processus électoral. Notre démocratie est en faillite.
Pourquoi
cette crise de confiance et cette désaffection? À cause de sept (7)
vices ou carences graves de notre démocratie actuelle qu’il faudrait de
toute urgence corriger:
1 - La valeur
nulle de tout engagement préélectoral.
La
démocratie représentative repose sur un contrat implicite : le postulat
que l’élu qui reçoit un mandat des électeurs suivra la politique qu’il
a proposée. Quand le citoyen voit que ce que dit un candidat avant une
élection n’est pas un indicateur fiable de ce qu’il fera après
l’élection, il n’y croit plus. Cette perte de confiance est la première
et la plus grave de failles qui exigent que l’on transforme notre
démocratie.
2 - La marginalisation du
Parlement
L’électeur doit choisir d’un
seul vote : a) le parti auquel il veut confier la tâche de former un
gouvernement, et b) le député qui représentera une circonscription
électorale. Normalement, il fera le choix rationnel de voter pour le
parti qu’il souhaite voir former le gouvernement. C’est un choix
rationnel, mais le député, celui qui en théorie nous fait nos lois et
devrait représenter l’électeur, ne représente plus que le parti
politique qui l’a choisi comme candidat: il pourrait être remplacé par
un jeton entre les mains du Premier Ministre.
3
- L’aliénation du citoyen de la chose publique.
Le
citoyen ne croit plus que quiconque prétend le représenter au sein de
l’État soit vraiment SON représentant et il est donc totalement aliéné
de la chose publique. Il faut prévenir et pallier cette distanciation,
en recréant la relation personnelle qui était à l’origine du concept de
démocratie représentative. Il faut faire en sorte que l ‘électeur ait
un représentant qu’il connaisse et auquel il puisse s’identifier
4
- Le biais médiatique qui déséquilibre le dispositif électoral.
Parce
qu’il ne peut plus croire ce qu’on lui dit, l’électeur ne peut plus
voter pour une idée ou un programme; il en est réduit à voter pour une
image et un visage: nous sommes en “démocratie cosmétique”. Mais un
politicien a le visage et l’image de ses moyens et de ses appuis;
appuis transparents, mais aussi parfois tacites, implicites et
occultes. On a prétendu régler ce déni d’équité par la limitation des
dépenses électorales, mais les dépenses électorales ne sont que la
toute petite pointe de l’iceberg. Ce n’est pas la publicité payée qui
est vraiment efficace, mais la publicité gratuite faite par les médias,
les commentateurs, les éditorialistes. Comment, sans museler les
médias, donner une couverture honnête à chaque parti et à chaque
candidat ?
5 - L’exclusion des”petits
partis ” qui est un veto à l’évolution de la pensée politique.
Notre
démocratie, essentiellement de bipartisme, tend à favoriser
l’alternance au pouvoir d’un parti de centre-centre-gauche et d’un
parti de centre-centre-droite. De même les candidats indépendants sont
de facto exclus. Ce bipartisme et cette nécessaire allégeance
partisane semblent des facteurs de stabilité, mais il faut,
sous peine de stagnation de la pensée politique, encourager l’émergence
de nouvelles visions. Comment donner une voix à toutes les tendances
idéologiques, mais sans compromettre, ni même retarder indûment la
prise de décision politique et le fonctionnement harmonieux de l’État ?
6
- La démarche à huis clos de conception et de préparation des lois.
La
démocratie, même représentative dans son application, ne devrait pas se
réduire à une intervention ponctuelle du citoyen au choix de ceux qui
décideront pour lui de son avenir. Elle devrait signifier la
participation continue du citoyen au processus de décision politique,
mais aussi à l’identification des problèmes, à l’étude des solutions à
leur apporter et à l’élaboration des lois venant encadrer l’application
de ces solutions. Comment mettre en place des mécanismes
permanents de consultation qui feront la part belle à ce que les
citoyens veulent vraiment ?
7 - L’absence
de contrôle efficace du citoyen sur l’application des lois.
La
démocratie actuelle ne prévoit pas de suivi par les citoyens des gestes
posés par l’Administration en exécution des décisions prises par les
législateurs. Le pouvoir exécutif ne fait pas de place utile au citoyen
au sein des mécanismes de contrôle de l’Administration. Il ne lui
laisse, seul devant la machine étatique, que le recours judiciaire,
lent, coûteux, complexe. Comment donner au citoyen les moyens
de ses droits ?
Il faut réformer notre
démocratie. On consulte de temps en temps les citoyens sur un
changement du mode de scrutin, parlant d’introduire la représentation
proportionnelle, sans plus, comme s’il s’agissait d’une panacée, mais
s’en tenir là serait conclure le débat par une modification sans
signification profonde.
Pour une vraie
réforme de notre démocratie, il faut apporter une solution à chacun des
sept (7) problèmes que nous avons soulignés ici. Si on ne le fait pas,
elle ne trouvera plus de volontaires pour se porter à sa défense… Elle
partira et nous le regretterons. Et il faudra se battre pour
qu’elle revienne.
Pierre
JC Allard
Vous pouvez maintenant
commenter cet
article au BLOG
Nouvelle Société !
(Cliquer ici).
Page précédente
Page suivante
Litanie des avanies
Retour à l'accueil
