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La restitution
Quand on remonte la
chaîne des titres d'un propriétaire actuel sur la terre ou sur ses
ressources, on n'en arrive jamais qu'à une illégitimité initiale. Une
Nouvelle Société globale gèrera les ressources planétaires de façon
globale, mais, dans la Nouvelle Société à la seule dimension d'un État
dont on peut espérer l'avènement prochain, c'est l'État, au nom de la
collectivité, qui doit agir comme gardien du sol et de son contenu.
L'État doit reprendre la proprié des sols et des resossouces naturelles.
Nul
individu ne peut se prétendre propriétaire d'une parcelle de la
Terre. La "terre" des Gracques ou de Zapata ne peut
appartenir qu'à tout le monde. Le sol, mais aussi ses ressources: la
forêt, les gisements miniers, les sites à potentiel énergétique et les
droits que peut avoir aujourd'hui une collectivité sur l'exploitation
des océans. Dans bien des sociétés, aujourd'hui, l'État a permis que le
sol et les ressources naturelles appartiennent à des intérêts privés.
C'est une erreur qui doit être corrigée.
Parfois,
en réaction à l'injustice qui a présidé à l'appropriation du sol et
dont nous voyons les effets, on propose une redistribution de la
propriété du sol entre ceux qui l'exploitent. C'est là une autre erreur
qu'il faut éviter. Il n'est pas logique de donner à certains ce qui
doit être à tous. D'ailleurs, il y a des millénaires qu'on voit les
effets néfastes du parcellement abusif et de l'utilisation inefficace
qui résultent de la propriété privée des sols par de petits
exploitants. La terre et ses ressources doivent revenir à la
collectivité qui en est la seule propriétaire légitime et être confiées
à la garde de l'État. La reprise par l'État de la propriété du sol et
de ses ressources est une priorité.
Dans une
Nouvelle Société, le sol appartient à la collectivité et est
inaliénable. L'État est le gardien de la surface, du fonds, du tréfonds
et de leur contenu, le seul ultime responsable de leur exploitation
pour le bien commun. Cette reprise de la propriété du sol par
l'État, toutefois, ne signifie pas que celui-ci doive prendre en charge
la production du secteur primaire. À quelques situations
exceptionnelles près que nous verrons plus loin, l'État doit au
contraire, même dans le secteur primaire et lorsqu'il s'agit d'apporter
une première transformation à une ressource naturelle sur laquelle il a
réaffirmé les droits de la collectivité, laisser comme dans les autres
secteurs la fonction production à l'initiative privée.
La
propriété du sol lui-même ne doit pas être cédée aux individus, mais le
droit d'exploiter le sol doit leur être concédé, avec efficacité et
justice. Lorsque ce droit leur est concédé, l'individu a droit au fruit
de son travail. Il est le légitime propriétaire de ce qu'il y a bâti,
ou de ce qu'il y a semé jusqu'à ce qu'il l'ait récolté. De la même
façon toutes les matières premières, en l'état où nous les livre la
nature, appartiennent à tous et doivent être sous la garde de l'État,
mais l'individu a droit à la plus value que leur confère son travail et
c'est le travail qui crée toute richesse. Un poisson en barque vaut
plus qu'un poisson en rivière et cette valeur ajoutée appartient
légitimement au pêcheur. Les façons de concilier efficacement propriété
de l'Etat et exploitation privée constituent le thème central de la
gestion du secteur primaire.
On peut dire comme
Proudhon que la propriété est le vol, mais il serait plus
exact de dire que la propriété est le recel. Indubitablement mal
acquise au départ, la terre, avec le temps, peut néanmoins avoir été
acquise de bonne foi par la suite. Dans une Nouvelle Société, dont le
credo de base est de ne léser personne, la reprise de la propriété du
sol par l'État est liée à certaines conditions qui garantissent que
soient dédommagés de leurs pertes, sinon de leur manque à gagner,
ceux qui ont acquis la propriété du sol contre valeur alors que
celui-ci était légalement aliénable. De même doit rester sans
discussion à son propriétaire tout ce qui est une valeur ajoutée par le
travail.
Quand l'État reprend ses droits sur le sol,
il est donc souvent équitable qu'il concède simultanément sur ce sol, à
l'ex-propriétaire, un droit d'usage très large découlant du travail que
celui-ci y a investi. Ce droit usage qui fait de l'ex-propriétaire un
concessionnaire, occupant ou exploitant, n'est pas inusité. Pour ceux
qui manient le jargon légal, les conditions de ce droit concédé par
l'État à l'ancien propriétaire sont similaires à celle de l'emphytéose,
à cette distinction près que la durée n'a pas à en être définie; ce
droit est simplement ici limité par les conditions d'utilisation et
d'investissement dont on le fait dépendre.
Quand est
formellement mise en place une Nouvelle Société, La DGAT a le mandat
immédiat de mettre en place les mécanismes requis pour reprendre la
propriété de la terre et de prévoir les concessions et compensations
qui s'imposent. Elle aura, en principe, un an pour le faire; au jour
dit, le sol devient la propriété de l'État. Le moment de la passation
des titres est fixé à un an de la prise de pouvoir par un gouvernement
NS, mais toute évaluation pour fins de compensation est basée sur la
valeur en date de cette prise du pouvoir et toutes les transactions
foncières conclues après cette date sont réputées l'avoir été sous
condition de cette reprise des sols par l'État.
Concessions
et compensations peuvent être négociées, mais dans une fourchette
étroite, car les règles seront bien claire, et jamais de façon
dilatoire car l'intendance suivra... La restitution de la
terre n'est pas négociable et elle ne sera pas retardée.
Pierre
JC Allard
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