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Un distributeur compatissant
Si on accepte les
risques inhérents à la mise en place d’un ONPA dans un pays
sous-developpé ou en développement, celui-ci se distinguera de son
équivalent en pays développé par l’accent qu’il devra mettre sur les
objectifs sociaux plutôt qu’économiques. Ce faisant, même si
l’aspect production au sens strict, dans un pays où il y a encore de
graves carences n’est pas aussi trivial qu’il semble l’être devenu dans
les pays riches, c’est surtout au palier de la distribution que l’ONPA
devra s’immiscer.
La dynamique de la production dans
d’une société industrielle, puis postindustrielle en pays développé,
exige que les variables sociales soient prises en compte, au
moins pour maintenir la demande effective – mais on produit sous le
signe de l’enrichissement, avec échange du produit contre
valeur. On compte sur l’abondance comme génératrice du
développement social. Dans le tiers monde, la production est toujours
un moyen vers une fin qui est l’enrichissement - car quoi de plus
socialement bénéfique que de produire pour les besoins - mais
il faut toucher plus directement aux aspects sociaux et c’est au palier
distribution que l’ONPA entre visiblement en action au delà de ce qui
semble son mandat.
Les puristes diront que dès qu’on
ne se contente plus de produire, mais qu’on distribue, on sort du
secteur primaire pour entrer au tertiaire mais ne le fait-on pas aussi
quand on pense au financement de la production agraire ? À
son acheminement, ? À la formation de ses
ressources humaines ? Nous voyons ailleurs les incongruités
des taxinomies actuelles qui sous prétexte de séparer classifications
par industries et par occupations en viennent à ne plus rien
catégoriser qu’en redondance, mais pour l’instant, parlons d’un ONPA
qui est bien un joueur du secteur primaire, mais qui ne peut remplir
son mandat que s’il accepte de rendre ce service essentiel qu’est la
distribution du produit.
Quand est mise en place une
Nouvelle Société dans un pays qui doit s’attaquer directement aux
problèmes du sous-développement, l'ONPA continue d’approvisionner des
grossistes qui lui servent d’intermédiaires, mais doit aussi établir
aussi un réseau de comptoirs pour la vente directe au consommateur de
produits essentiels indiqués à une liste dont le contenu varie selon
les circonstances spécifiques à chaque situation et les coutumes
locales.
À ces comptoirs, la population peut avoir
accès en contournant intermédiaires et spéculateurs au produits sur
lesquels une différence de prix même légère peut être littéralement une
question de vie ou de mort pour certains éléments de la population. On
y retrouve le lait, les graminées de consommation courante en chaque
région, le combustible, etc. Sont exclues de cette liste les
cultures maraîchères produites de façon artisanale et vendues
directement par le producteur au consommateur dans les marchés publics.
Le
contenu de cette liste sera souvent tout près de ce que les
organisations caritatives distribuent aux réfugiés ou dans le sillage
des catastrophe naturelles, mais ce n’est plus ici une mesure
exceptionelle. On en fait mais un élément permanent de la
structure de distribution. On le fait avant que la population
ne commence à périr lentement d’inanition. On ne donne rien dans les
comptoirs, mais on vend au prix coûtant du producteur…. En moyenne.
En
moyenne, car si l’ONPA n’a pas pour mission de vendre à perte et de
devenir simplement un organisme de redistribution du revenu, il n’est
pas tenu de vendre chaque produit à son coût, seulement d’équilibrer
globalement ses achats et ventes en conformié des directives générales
del’État. Il est déjà commis à payer chaque achat au prix qui
garantit un revenu adéquat au producteur, sa politique doit être de
vendre ces produits au prix qui convient pour que la population puisse
en consommer selon ses besoins.
Si le prix de
vente d'un produit au comptoir de vente directe au consommateur, de
l’OPNA est ainsi inférieur au prix qu'il en a payé et ce sera souvent
le cas dans les pays du tiers monde, quand on cherchera à y implanter
des méthodes modernes dans une structure économique encore fragile la
différence constituera une subvention à l'agriculture locale tout en
nourrissant la population, ce qui est souhaitable. On le fait ainsi en
laissant un minimum de prise aux intermédiaires et magouilleurs
nationaux et étrangers. Il faut, toutefois, que cette subventiuon soit
transparente et ne vienne pas a posteriori occulter l’incompétence des
responsables.
C'est une forme de subvention dont le
maniement est facile et qui n'a que des avantages. Elle exige seulement
que les produits achetés par l'ONPA soient marqués de façon indélébile
avant leur revente, afin de dépister ceux qui, malgré la complexité de
cette opération, essayeraient de racheter les produits au détail à ces
comptoirs pour les vendre à nouveau à l'ONPA et réaliser un profit.
Surpris, ceux qui tenteraient cette manoeuvre recevraient des peines
exemplaires.
En subventionnant de cette façon,
l'État aide les véritables exploitants, mais rend difficile la position
de ceux qui détiennent la terre sans l'exploiter pour fin de
spéculation. Une subvention ainsi liée à la consommation ne compense
pas l’impôt sur le capital qu'ils doivent payer. Une terre agricole
laissée improductive sera rapidement cédée puis affermée à un autre
exploitant.
Cette mesure de subvention au
consommateur et non au producteur chagrinerait aujourd'hui certains
responsables du FMI, de la Banque mondiale et du courtage en
alimentation, mais quand sera établie une Nouvelle Société globale, ils
ne seront pas consultés. Ils auront déjà été mis hors d'état de nuire.
Avec un peu de chance, ils l'auront été avec politesse, au lieu de
recevoir la balle dans la nuque que leurs politiques auraient pu leur
attirer.
Pierre
JC Allard
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