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La pêche en croissance
La
politique d’un ONPC en pays développé cible le chalutier qui ramène des
tonnes de poissons et s’inquiète des exigences des pêcheurs
en surnombre qui veulent plus de revenus pour moins de travail, alors
que la demande stagne et que le consommateur trouve déjà que les prix
sont insupportables. Celle à mettre en place pour
gérer la démarche de douzaines de pêcheurs autonomes, rentrant à l'aube
à Zihuatanejo ou ailleurs, avec une petite marée de poissons
à vendre dans les trois heures qui suivent est bien bien sûr diférente.
Le
contexte est totalement différent. Les pays développés pensent pour la
plupart à recycler leur main-d’œuvre hors du sous secteur « Pêche
commerciale » vers autre chose, en ne les bousculant pas
trop. Dans le tiers-monde, démographie et rareté des autres
ressources aidant, tout va pousser à transgresser les tabous culturels
et coutumiers pour satisfaire une demande alimentaire en
croissance. Cette tendance devrait conduire à
l’expansion rapide du sous secteur des pêcheries
L’objectif
d’un ONPC en pays sous-développé est de régulariser les procédés de
capture, mais surtout de stockage et de
commercialisation. Partant d’une branche
d’activité qui est au départ génératrice de beaucoup de travail et peut
l’être encore davantage, il doit concilier la croissance des
effectifs qui répondrait spontanément à un accroissement de
la demande avec un augmentation contrôlés de la productivité qui
permettra d’améliorer le sort de ces travailleurs.
Il
y a beaucoup à faire pour augmenterl’intensité en capital de la
production de ce sous-secteur, car on pêche avec bien peu d’équipement
au Sénégal, à Java ou au Mexique et la faim n’attend pas les
moyens. Capitalisation progressive mais rapide, donc, mais il
y a une inconnue.
Ce qu’un ONPC qui souhaiterait
vraiment faire son boulot en pays sous-développ ignore et de toute
façon ne controle pas vraiment, c’est la réaction des pays développés,
si les patrons de consommation changent en Afrique et que la
commercialisation des produits de la pêche y devient une affaire
alléchante. Surtout dans le contexte de la décroissance sur
leurs propres marché nationaux
Le comportement
qu’ont eu les transnationales des WINS par le passé - la destruction
sans pitié de l’agriculture de subsistance dans tout le continent
africain pour y exploiter leurs surplus et l’occupation des bonnes
terres pour les cultures d’exportation - laisse penser que si
ce marché devient porteur, elles tenteront de s’en emparer au
détriment des travailleurs locaux. Les travailleurs ivoiriens
ne peuvent pas faire concurrence à un bâteau-usine amarré
devant Abidjan.
Qui protégera les pays du
tiers-monde, dont le développement de la pêche peut être l’ultime
chance d’atteindre à une autosuffisance alimentaire, contre la
pseudo-générosité assassine des transnationales ? Que faire quand
elle qui vendront à rabais ou donneront leur production,
jusqu’à ce que le dernier pêcheur et entrepreneur intermédiaire local
ait été ruiné qui n’aura pas accepté les conditions qu’on lui aura
proposées de se contenter d’un rôle subalterne et mal payé dans la
structure pyramidale qu’elles mettront en place ?
L’État
faible qui voudra imposer des restrictions aux importations devra se
prémunir contre les menaces de rétorsion économiques ou militaires et
une omniprésente corruption. L’URSS avec une science de pointe, une
idéologie séduisante au départ et la bombe atomique, n’a pas réussi a
résister l’invasion du capitalisme, à la prise de contrôle de sa
structure financière et finalement à la destruction de ses institution
et à sa ruine. Croit-on que le Congo y résistera ?
Si
cette invasion économique a lieu et que les circonstances ne lui
permettent pas de mener une politique nationale réfléchie et
constructive, à quoi pourra servir un ONPC dans un pays sous-développé
? À pactiser avec le Diable. D’abord, s’assurer en
concédant les droits sur la commercialisation, le volet où l’étranger
fait son plus gros profit, que le PRODUIT est local. On peut
travailler sur la pêche elle même et améliorer le processus, pour
autant que Shylock a toujours sa livre de chair.
Ensuite,
l’ONPC doit devenir un outil de formation des ressources humaines, les
compétences locales cherchant à infiltrer la structure d’expatriés qui
sera mise en place et à optimiser le rôle qui leur sera
dévolu. Ils gagneront bien du temps, s’ils sont prêts a
prendre charge de leurs affaires dès qu’une Nouvelle Société globale
viendra et leur en fournira l’occasion.
Enfin, un
ONPC peut s’immiscer immédiatement dans le réseau de distribution et
rendre de grands services à la population, si son action resteau palier
le plus bas, près des couches défavorisées, là où la transnationales
ayant fait son profit ne s’en mêle plus. En intervenant à ce
palier, l’ONPC ne contrecarre les intérêts que des
distributeurs locaux et ne s’attirera pas une riposte des envahisseurs.
Dans
un pays où les produits de la mer constituent un élément significatif
de l'alimentation de la population, on peut considérer la possibilité
de comptoirs de vente directe, comme ceux dont nous avons parlé
concernant les produits agraires. Pas en bordure de mer, où c'est la
femme du pêcheur lui-même qui, traditionnellement, vend chaque matin la
marée aux chalands. Si l'ONPC s'immisçait là dans le
processus, il introduirait un intermédiaire de plus plutôt que d'en
supprimer plusieurs et augmenterait les frais réels de
l'échange…
Là où l'opération des comptoirs de vente
directe peut être utile, c’est si les poissons achetés en bord de mer
sont transportés loin du littoral et revendus à bas prix, là où les
pêcheurs ne vont pas, à une population qu'il s'agit alors d'initier à
ce type d'alimentation. On contribue ainsi indirectement à
promouvoir non seulement les revenus des pêcheurs, mais aussi les
profits des transnationales…. On le fera donc sans en être
empêché…. Quand la situation sera meilleure, tout
sera renégocié… et les habitudes de consommation acquises et les
réseaux de vente directe resteront là.
Pierre
JC Allard
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