97.11.26
DIMITRI NE REVIENDRA PLUS
Je dis Dimitri comme j'aurais pu dire Alexis; c'est un nom fictif que je choisis
au hasard. Pas tout à fait au hasard, tout de même; je voudrais que
ce prénom reflète la Gauche, l'Europe de l'Est, les intellectuels
anglophones de NDG, ceux qui formaient le vrai noyau du RCM quand ce parti était
l'opposition au maire Drapeau et n'avait pas l'ombre d'une chance de prendre le
pouvoir à l'Hôtel de Ville. Il y avait alors assez d'idées,
de principes, de bonne volonté au Rassemblement des Citoyens de Montréal,
croyions-nous, pour faire de cette ville un modèle. Puis Jean Doré
est venu, Jean Doré est parti... sans doute ni meilleur ni pire que tout
autre jeune néo-réaliste qui s'accommode peu à peu d'une situation
fondamentalement malsaine, corruptrice des bonnes intentions.
Ni meilleur ni pire. Le RCM s'est vidé, au cours de ses années de
pouvoir, de ses Dimitris et de ses Alexis. Eux et les intellectuels de gauche sont
passés à des groupuscules, à ces "particules" qui
maintiennent la noblesse des idéaux et des principes dans notre société,
mais sans espoir de jamais atteindre le pouvoir. Ce sont les Jean Doré qui
atteignent le pouvoir, puis qui un jour le perde, le transmettant intact a leur
successeur puisqu'ils auront bien pris soin de NE PAS le transformer. Le RCM qui
a perdu les dernières élections municipales n'avait plus grand chose
en commun avec le RCM de Dimitri. Le RCM a donc été chassé
du pouvoir par Vision Montréal du pareil au même, comme un clou chasse
l'autre. Comme un mal en attire un autre.
Vision Montréal n'ayant pu survivre au décès de son organisateur,
la population cherche maintenant la relève. Mais quelle relève? Le
RCM, de Dimitri n'avait pas résisté à la corruption des idées
qu'amène le pouvoir; le RCM de Doré, la supposée alternative,
n'a pas pu survivre à la perte du pouvoir, à la déloyauté
qui naît, grouille et se multiplie quand ceux qui sont là pour profiter
du pouvoir ne trouvent plus de pouvoir dont profiter, mais seulement des problèmes
à résoudre. Le RCM a vivoté dans l'opposition, non seulement
sans idéal, mais sans même un semblant de solidarité qui aurait
pu en assurer la survie. Dernièrement, avec la désintégration
de Vision Montréal, le mirage d'un retour au pouvoir a fait craquer son pauvre
coeur de parti moribond.
Voyons dans quel état de décomposition se retrouve le cadavre du RCM.
Celle qui conduit les troupes au Conseil, Thérèse Daviau, s'est précipitée
récemment pour poser sa candidature à la mairie sans que son nom est
fait l'objet du moindre consensus, espérant sans doute prendre une longueur
d'avance sur ses concurrents. Michel Lemay, président du RCM, réagit
en modifiant les règles du jeu pour la sélection d'un candidat RCM
éventuel, laissant supposer qu'il favorise la candidature de Prescott contre
Daviau - ou prépare un retour de Jean Doré - mais nul ne sait s'il
n'a pas d'autres ambitions. Simultanément, André Lavallée,
un des piliers du RCM - et son meilleur "debater" au Conseil - parle de
démission. Les autres aussi d'ailleurs...
A peu près la moitié de Vision Montréal a déjà
démissionné, la moitié du RCM est prête à en faire
autant. Il ne s'agit plus, à l'Hôtel de ville, que d'ambition et d'intérêts
personnels. Tous les partis se valent à l'oeil des arrivistes, et c'est la
nuit noire de tout idéal et de tout altruisme; une nuit où tous les
chats sont gris et l'électeur montréalais, bien sûr, n'y retrouvera
pas ses petits. Je m'ennuie de Dimitri.
Est-ce qu'il n'est pas absolument évident que cette idée de "partis
municipaux" - (qui ne sont que des "machines à faire élire",
carburant à l'opportunisme, sans programmes, sans idées, sans cohésion
durable) - est une idée saugrenue? Le Parti civique fonctionnait parce qu'il
n'était qu'une créature de Jean Drapeau. Si on veut un régime
municipal qui soit démocratique, il faut mettre fin au système des
partis municipaux. C'est un système qui élimine tous les Dimitris,
tous ceux qui pensent par eux-mêmes.
Si on veut que l'innovation, l'idéal, l'intelligence soit au pouvoir, il
faut que le Conseil municipal, constitué de conseillers indépendants,
devienne le vrai pouvoir "législatif" de Montréal, le lieu
où les décisions sont prises par ceux que les citoyens ont élus.
Le Maire - assisté d'un Secrétaire général qu'il désignera
et des hauts-fonctionnaires municipaux dont c'est la tâche d'administrer -
doit être le pouvoir "exécutif", celui dont c'est la responsabilité
de proposer des politiques... et de les appliquer si le Conseil les approuve. Qui
sait, il y aura peut-être un Dimitri au Conseil municipal..
Pierre JC Allard
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