98.11.04
LE PACTE FISCAL
Il conviendrait sans-doute que j'y aille aujourd'hui, comme un peu tout le monde,
de mes deux sous de sagesse sur les élections municipales. Je n'en ferai
rien, parce que j'ai déjà dit tout le mal que je pensais
de cet exercice - auquel aucun des candidats n'a offert de contribuer un
véritable programme ou même une idée! - et que j'ai déjà
dit, aussi, ce qu'il faudrait faire pour Montréal. En résumé...
et avec force détails.
Parlons donc plutôt tout de suite de ce dont on va bientôt tant parler:
le "pacte fiscal"qui permettra à Montréal de remplir ses
obligations et d'aller de l'avant. C'est LE point sur lequel tous les candidats
étaient d'accord - sans préciser, bien sûr, leurs véritables
intentions - ce qui me permet le plaisir de me démarquer d'eux tous en apportant
une proposition concrète.
D'abord, il faut comprendre que la notion de "pacte fiscal" n'est là
que pour pallier une carence chronique de moyens financiers au niveau de la métropole,
carence qui résulte d'un problème plus fondamental. C'est ce problème
qu'il faut comprendre.
Le problème, c'est que la complexité des services que l'État
moderne doit rendre - et l'évolution libertaire des mentalités - impose
, d'une part, une décentralisation accrue, une "gestion de proximité"
des services de l'État par des administrateurs élus qui soient proches
de la population. Montréal, comme les autres municipalités, d'ailleurs,
va donc devenir de plus en plus, le palier de gouvernement vers lequel on va déléguer
de nouvelles responsabilités*.
D'autre part, ces municipalités qui vont prendre de plus en plus d'importance
dans la structure de l'État sont traditionnellement bien restreintes sur
le plan des pouvoirs de taxation dont elles disposent. Une ville n'a pas le pouvoir,
par exemple, de mettre un impôt sur les revenus. En fait, elle ne peut guère
taxer directement que les propriétaires et les hommes d'affaires, lesquels
ne représentent qu'un minorité de la population.
Les villes, à partir de la base et des moyens fiscaux qui leur sont consentis,
n'ont pas la possibilité de lever les fonds dont elles ont besoin de qui
elles veulent et comme elles le souhaitent, de sorte que la carence ne pourra aller
qu'en empirant. Un "pacte fiscal" ne doit donc pas se limiter à
quelques petits avantages marginaux, à quelques miettes... il faut que ce
soit une révision en profondeur de l'assiette fiscale et des moyens de financement
des MRC et des régions comme de Montréal.
On doit remettre les pendules à l'heure. Ce qui ne veut pas dire, nécessairement,
accorder aux villes le droit de lever des impôts et des taxes indirectes;
ce ne serait pas efficace. Ce qu'il faudrait, plutôt, ce serait que le gouvernement
du Québec (et/ou celui d'Ottawa si la structure fédérale est
reconduite):
a) revoit d'abord la répartition des tâches et des responsabilités
actuelles de tous les paliers de gouvernement et d'administration, abandonnant aux
niveaux le près possible de la population tout ce qu'il est possible de décider
démocratiquement et de gérer efficacement à ces niveaux;
b) consente à ce que ces "niveau le plus près possible de la
population" puissent déterminer ce qu'ils veut prélever de leurs
habitants, à quel taux et par quels moyens: taxe sur la propriété
ou sur les transactions commerciales, impôt sur le revenu, ou quelqu'autre
base raisonnable et pratique qu'ils pourraient imaginer;
c) accepte de percevoir le produit de ces taxes et impôts et de les remettre
au niveau qui en a fait la demande: municipalité, région, etc. Une
section de votre formule d'impôt pourrait donc se lire "administrations
locales" que vous rempliriez selon les taux applicables à votre lieu
de résidence.
Ainsi, le "Grand Montréal" - une Communauté Urbaine de Montréal,
remaniée et, surtout devenue démocratique ! - pourrait décider
d'exiger sur son territoire une taxe de vente sur les équipements, par exemple,
mais pas sur les produits alimentaires, d'imposer d'un 10% supplémentaire
les revenus des corporations ou des personnes ayant plus de 100 000 $ de revenus,
etc... (Attention ! je ne dis surtout pas que ces deux mesures seraient souhaitables
! Je les donne en exemple de la grande latitude qui serait accordée aux administration
locales, à leurs risques et périls)
Ayant décidé des taxes et impôts qui s'appliqueraient spécifiquement
sur leur territoire, les administration locales - MRC, villes, etc. - laisseraient
le gouvernement en assurer la perception et leur en verser le produit. Elles pourraient,
à partir de ce contrôle large de leur entrées de fonds, établir
une gestion rationnelle et une vraie politique de développement.
Cette manière d'agir stimulerait l'émulation entre les villes et augmenterait
l'écart entre les services que rendraient les unes et les autres. Un écart
qui deviendrait d'autant plus significatif que des services de plus en plus importants
seraient délégués "au niveau le plus près possible
de la population". Éducation, santé...
C'est un choix fondamental de société et cette approche n'a pas que
des avantages. Tenant compte de la situation présente, de la nature humaine
et des objectifs à long terme que devrait se fixer une Nouvelle Société,
elle offre cependant à notre avis, plus d'avantages que de désagréments.
Cette approche qui favorise les particularismes au dépens de l'uniformité
est sans doute la voie de l'avenir. Elle exige, toutefois, si on veut éviter
les horreurs du néo-libéralisme actuel, que l'essentiel soit maintenu
par l'État au profit de tous les citoyens, où qu'ils habitent. Cette
question dépasse le cadre de la fiscalité; nous y reviendrons un jour
dans des articles de fond aux Sections 4 et 7 du site.
Pierre JC Allard
N.B Les deux prochaines semaines, ces pages seront publiées
à partir d'un corps en mouvement (le mien) quelque part en Amérique
centrale. Je m'excuse à l'avance des légers retards comme des coquilles
encore plus nombreuses qui pourraient en résulter
pjca
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