99.01.20
LE DOUTE RAISONNABLE
Je n'aurai pas eu l'occasion de rencontrer Gaëtan Girouard. Je ne faisais rien
des activités auxquelles J.E. s'intéressait et, comme tant d'autres,
je ne prêtais attention à ses émissions que le temps de développer
une saine indignation velléitaire, une mini-colère eupeptique: "Dieu
que les gens sont mauvais...! Ciel que le système est pourri ! Encore un
peu de café ?..."
Le plus près que je sois jamais passé de faire quelque chose avec
J.E, c'est quand j'ai conseillé à un client de s'adresser à
eux; ça semblait tellement plus efficace que de dépenser du temps
et du fric en frais d'avocats quand la mauvaise foi de l'adversaire était
évidente... et tout aussi évidente l'inutilité d'un système
judiciaire qui mettrait 5 ans à constater cette mauvaise foi et ruinerait
le bon bien plus vite que le méchant...
Aujourd'hui, je regrette de ne pas avoir été plus actif, de ne pas
avoir automatiquement référé à Girouard tous les cas
dont j'ai été témoin de crapulerie, d'exploitation éhontée
des faibles et des pauvres. Je regrette aussi de ne pas avoir pris 10 minutes pour
écrire à Girouard tout le bien que je pensais de ce qu'il faisait,
pour le féliciter de maintenir chez la population l'espoir qu'il existe encore
une chance d'obtenir justice.
Peut-être que si cette immense majorité des gens qui pensaient du bien
de Girouard et de son action le lui avait dit, il aurait regardé avec plus
de sérénité les passes d'arme de ceux qui le détestaient,
de ceux qui supportaient mal qu'on les empêche de danser en rond. Tous des
couipables? Peut-être pas, reste à voir; mais quand on dit qu'il y
avait 35 millions de dollars de réclamations en diffamation contre Gaëtan
Girouard, il faudrait ajouter que la preuve n'a JAMAIS* été faite
que quiconque a été mis au pilori par J.E ne l'ait pas été
à juste titre.
Peut-être que ça aurait changé quelque chose que ceux qui appréciaient
Girouard le lui dise. Peut-être, aussi, que ça n'aurait rien changé
du tout, car il importe peu que des milliers de gens vous aiment si quelqu'un vous
déteste assez. Si quelqu'un vous déteste pour vous tuer.
Attention. Je ne dis pas que Gaëtan Girouard a été assassiné;
je n'en sais rien. Je dis simplement qu'il est impératif que l'on fasse sérieusement
enquête sur ce "suicide", pour plusieurs raisons. La première,
c'est que selon le psychiatre Mailloux, abondamment cité par La Presse, le
défunt n'était victime d'AUCUN des dix (10) événements
extérieurs qui le plus souvent sont à l'origine ou contribuent à
la décision de mettre fin à ses jours. Avait-il vécu un deuil,
une faillite, une maladie, un divorce? Non.
Bien sûr, il y a des gens qui se suicident sans connaître aucun de ces
problèmes externes: on peut être déprimé sans raisons;
mais, la plupart du temps, cette tendance suicidaire a été diagnostiquée.
Rien n'indique qu'elle l'ait été chez la victime. La première
raison de regarder de près les circonstances de la mort de Gaëtan Girouard,
c'est qu'il ne semblait pas avoir le moindre motif pour se suicider.
La deuxième raison, c'est qu'une foule de gens avaient, eux, des motifs de
se défaire de lui. Par vengeance, sans doute - car on ne fait pas le travail
de haute justice sur les basses oeuvres de tant de gens "indélicats"
sans s'attirer de solides inimitiés - mais aussi et surtout, sans doute,
par mesure préventive. Il serait du plus haut intérêt que l'on
regarde ce qu'il y avait sur la table de travail et dans les cartons de J.E.
Qui allait être dénoncé au cours des prochaines semaines? Il
serait absolument inacceptable que les dossiers de Gaëtan Girouard meurent
avec lui et, sans tomber dans la paranoïa, il faudrait voir s'il n'y a pas
un cobra, voire un dragon, parmi les couleuvres et les vipères que Girouard
allait bientôt déranger. Il existe un doute raisonnable que la mort
de Girouard soit le fait d'un prédateur plus gros et plus violent que ceux
qu'il levait d'habitude. Il faudrait tout faire pour que ce doute ne persiste pas.
La troisième raison d'aller au fond de cette affaire est que le coroner attribue
le décès à l'asphyxie. Ce n'est pas une mort douce. Ce n'est
pas la mort instantanée par "pendaison" comme l'infligeait notre
système pénal. Est-il raisonnable de penser qu'une personne ayant
la culture de Girouard et voulant mettre fin à ses jours ne prenne pas la
peine de trouver une corde de bonne longueur pour se pendre et choisisse de s'étrangler?
Un doute n'est-il pas ici raisonnable?
Il faudrait qu'on aille au fond des choses. La victime aurait laissé une
note d'adieu de plusieurs pages; si Gaëtan Girouard en est l'auteur, ne recèle-t-elle
pas un indice laissant croire qu'il ne l'a pas composée de son plein gré?
Et si elle n'en recèle pas, n'existe-t-il pas aujourd'hui des analyses permettant
de vérifier si le style de cette missive est bien le sien ou si elle ne lui
a pas été dictée sous contrainte?
La mort d'un homme de bien est toujours une tragédie. Faisons au moins le
nécessaire pour qu'elle ne prenne pas figure d'un avertissement servi à
tous ceux qui contestent.
* (En 2003, UNE (1) action en diffamation a été accueillie contre Girouard
et TVA. Il faudrait donc maintenant ne pas dire JAMAIS, mais presque jamais... )
Pierre JC Allard
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