08 04.20
Les
ressources : le partage
Si
vous parlez entre quatre yeux et quatre murs à quelqu’un qui s’y
connaît un peu, il vous dira que la crise du pétrole est une
arnaque. Le pétrole est là et au départ ne coûte
rien ; c’est une de ces ressources que la nature nous donne
gratuitement, à charge pour nous d’investir le travail requis pour en
tirer profit. Travail ? Le
travail, si on parle pétrole, c’est l’extraction, le raffinage, le
transport, le stockage, la distribution. Tout ça
est largement automatisé, de plus en plus automatisé et coûte donc de
moins en moins cher. Le coût de production réel du
pétrole en dollars constants, depuis 35, ans n’a pas augmenté, il a
diminué. Le prix du pétrole, lui, depuis 35 ans s’est
multiplié par 45, passant de 3 à 135 dollars le
baril. Beaucoup de fric.
Combien
de fric ? Échappez à tous les pièges tendus pour que vous ne le sachiez
pas et passez à la réalité. La
consommation énergétique de la planète est de 8 800 MTEP,
dont au moins 90 % en hydrocarbures. À 7, 6 barils
en moyenne par tonne et USD $135 par baril, on parle d’au
moins 8 trillions par année (USD $ 8 000 000 000
000, pour les puristes). Si les coûts réels de
production n’ont pas augmenté depuis 1973, 98% de cette valeur est
profit ou inflation. La
production annuelle totale de la planète « vaut »
USD$ 47
T. Le pétrole en représente 17%. Un gros morceau.
Quelqu’un
fait un gros profit. Profit ? C’est aussi un
euphémisme. Si le profit est défini comme ce qui
reste à l’entrepreneur quand il déduit le coût des intrants
du prix de vente du produit, le mot est assez mal choisi, car le
travail – et donc la production – du pétrole n’est pas un
élément important de son coût. Le prix du pétrole est d’abord
une rente payée au propriétaire du pétrole. L’argent prélevé
est déguisé en profits, mais c’est une rente. C’est le prix
que ceux qui se sont approprié cette ressource exigent pour y donner
accès.
Leur droit d’en exiger ce
prix repose sur la force de pouvoir en contrôler l’accès et
sur rien d’autre. « La propriété » - disait Proudhon – « c’est le vol !
». N’est-il pas évident que la terre n’a jamais été
appropriée à l’origine que par l’occupation de fait d’un territoire,
suivie de la force d’en exclure les autres ? Les ressources
qu’elle contient n’ont jamais non plus été appropriées que par la force
de conserver de façon permanente cette possession d’abord
précaire. Quand on remonte la chaîne des titres
d’un propriétaire sur la terre ou sur ses ressources, on n’en arrive
jamais qu’à cette illégitimité initiale
Il n y a
aucune justification morale crédible pour que les ressources naturelles
appartiennent à celui qui vit à côté ou au-dessus de ces
ressources. Éthiquement parlant, seule l’humanité pourrait
collectivement se prétendre légitime propriétaire des ressources
naturelles. Seul un gouvernement qui serait mandaté par
l’humanité tout entière pourrait détenir, pour le bien commun, un droit
éminent sur l’ensemble des ressources planétaires.
En
l’absence d’un tel droit, exiger cette rente par la force est pure
extorsion. Les ressources de la planète ne peuvent appartenir qu'à
l'humanité. C’est notre patrimoine commun. Les droits
souverains exercent aujourd’hui les États sur les ressources d’un
territoire, au nom d’une collectivité qui ne l’occupe
toujours que par droit de conquête, sont des
droites bien discutables… et ils doivent être discutés.
Ils
doivent être remis en question car, s’il y a vraiment
pénurie, il y a force majeure et la collectivité globale doit
intervenir. Si, au contraire, les raretés sont créées
artificiellement pour permettre de mener des conflits et de
s’enrichir, il est tout aussi important d’en finir avec cette
supercherie de la carence des ressources. S’il y en a
amplement pour tout le monde et pour longtemps… il
faut partager.
Il faudrait partager.
Tout indique que nous avons des réserves de pétrole et de gaz
pour au moins deux siècles, sans doute bien plus. Une
politique globale transparente nous le dirait. Quoi qu’il en
soit de ces réserves, toutefois, les alternatives au pétrole sont de
toute façon connues et bien disponibles - allant du nucléaire au
solaire et à l’éolien - et l’impact sur les coûts de production du
passage à ces énergies nouvelles devient chaque jour plus
marginal. Il faudrait qu’une autorité internationale gère
l’exploitation et la distribution du pétrole et éventuellement de
toutes les ressources naturelles
Évidemment, ça n’arrivera pas. Pas sans quelques discussions.
Partager
exige une discussion avec les propriétaires. Qui sont les
propriétaires ? Apparemment, surtout quelques cheiks, mais ce
n’est que poudre aux yeux. Le propriétaire ne touche sa rente
qui est une extorsion, que s’il a la force de
l’exiger. La plupart des propriétaires en titre du pétrole ne
l’ont pas. La force est entre les mains des pétrolières,
lesquelles disposent de celle des gouvernements qu’ils
corrompent. Ce sont les pétrolières qui déguisent
leur rente sous forme de profits d’exploitation, aux divers paliers
d’une structure verticale parfaitement intégrée, gardant les petits
potentats locaux pour avoir des boucs émissaires sous la main.
Pourquoi
ne pas discuter de partage avec les vrais proprios ? Ceux qui
ont le pouvoir pourraient prendre ce qu’ils veulent
de bien d’autres façons…. Pourquoi la classe dominante se
sert-elle du pétrole pour prélever sur la richesse
globale la part qu’elle on en veut ? Parce
qu’utiliser le pétrole est simplement la façon la plus facile de le
faire. L’énergie est aujourd’hui ce qu’était la terre à
l’époque de Ricardo. Nous sommes tous consommateurs
d’énergie. On peut donc prendre par l’énergie la ponction
qu’on veut sur l’économie mondiale. Exactement la livre de chair qu’on
décide de prendre sur vous, sur moi, sur tout le monde, au
prorata de sa consommation d’énergie. Un commerce équitable…
Le
prix du pétrole est fixé arbitrairement au niveau qu’on veut.
Il n’y a pas de facteurs exogènes, car le sous-sol ne bouge pas, on n’a
que les guerres et les révolutions qu’on fomente et le rapport de la
demande l’offre ne dépend que de la demande, c’est–à-dire de la
croissance dont on décide pour optimiser le rendement du
capital. L’autre grande arnaque, dont nous parlerons une
autrefois… Quand le prix du pétrole monte, il n’y a pas de
surprise ; c’est qu’« ils » veulent plus d’argent.
Merci, mon Dieu, ce n’est encore que 17% ! Ça pourrait être
20%, 25%….
La classe dominante
s’accroche au pétrole par paresse encore plus que par cupidité, parce
que cette extorsion est la plus simple des arnaques. Vendre
le pétrole au prix qu’on veut est un outil efficace et ceux qui mènent
le monde ne voient aucune raison d’en changer. Il
faudrait les en convaincre…
Pierre JC
Allard
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