08 05.10
Le racisme le
plus grave auquel on fait face aujourd'hui, c'est ce mélange de crainte
révérencielle basée sur de mauvais souvenirs et de vague rejet de nos
préférences culinaires respectives, qui semble condamner pour
l'éternité Hans et Caucasiens à se méfier les uns des autres et à ne se
toucher qu'avec des baguettes. Grave problème, car ils sont
nombreux et nous aussi... La terre est bien petite. Si nous
étions futés, nous, eux et tous les autres en prendrions chacun notre
côté... Mais même en supposant qu'on rentre chacun chez soi,
entre voisins on doit se se sourire. Il est temps d'apporter la
solution finale au problème du racisme.
On fait
disparaître le racisme en faisant disparaître les races. On
peut le faire à la « 1984 », en leur donnant un autre nom. C'est ce que
l'on essaie aujourd'hui, en ne parlant que de groupes ethniques, mais
je suis sceptique, car je n'ai pas vu les vieux laisser tomber leurs
canes quand ils sont devenus des aînés. On peut aussi s'en
remettre au jugement de Dieu, laissant les plus forts éliminer les plus
faibles. Solution historique éprouvée, mais qui mène souvent
à des gestes regrettables et qui peut créer beaucoup de
désarroi. Même ceux qu'inquiète le "péril jaune" ne sont pas
tous d'accord avec la solution qu'avait préconisée Kipling.
Il
y a une meilleure approche: la technique « Alexandre ». Bien
assis sur le trône de Darius et ayant fait la paix avec la belle-mère,
Alexandre a décidé de régler une fois pour toutes les questions de
cohabitation en mariant ses généraux à des princesses perses, puis ses
soldats à tout ce qui portait jupe dans le royaume Achéménide. Cette
deuxième phase a été à ‘origine de quelques ambiguïtés qui
ont perdurées, mais ceci est une autre histoire.
Ces
noces se sont avérées bien profitables. Les petits hybrides qui sont
sortis des alcôves d'Alexandre ont contrôlé le marché du pouvoir au
Proche-orient pendant des siècles. Alexandre d’ailleurs,
n'avait pas été le premier. Les Romains avaient déjà dragué les Sabines
avec des résultats tout aussi encourageants, une inspiration pour
Poussin et David et un signal clair aux romantiques de tous les temps
qu'il faut parfois insister. Prenons acte du succès de cette
approche. Au lieu d'encourager une rivalité qui conduira à
une « guerre des guerres » avec les Chinois, il vaudrait peut-être
mieux se mêler un peu… Naturellement, on peut s'en remettre à
l'initiative personnelle pour faire l'amour et non la guerre, mais si
on veut vraiment avoir un impact, il faudrait s'organiser un
peu.
D'abord, pour faire des enfants, se trouver une
terre d'accueil. Nous l'avons. Les locataires
libèrent peu à peu. Nous avons l'Europe, incluant les pays de
l'Est, en voie de dépeuplement accéléré, où la dénatalité laisse
entrevoir une baisse de population d'ici à deux générations de
l'ordre de 15%. Pendant ce temps, la surpopulation de la
Chine oblige à des mesures sévères de limitation des naissances qui
sont jugées inhumaines par la population.
Il semble
raisonnable de penser que, si nous décidions de favoriser les échanges,
ce soit nous qui hébergions la progéniture. Comment réaliser le
projet? La logistique est simple. C'est celle des Filles du
Roy en Nouvelle-France. On invite les dames. Il est
de notoriété publique que les familles chinoises préfèrent les
garçons… Éviter, bien sûr, les dérives qui ont marqué l'exode
de jeunes Russes vers l'Occident après la chute de l'URSS.
Maintenant, cependant, il faudrait le faire avec sérieux. On travaille
au public. Pas de proxénètes, pas de mafieux, pas de courtiers, pas
d'avocats spécialisés en immigration. Juste des fonctionnaires. On se
parle d"État à État entre la Chine et l'EU.
D'abord,
une expérience pilote. La Chine sélectionne un groupe de
jeunes filles de 16 ans et les inscrit en pensionnat, dans
quelque ville de Chine. Toutes des volontaires, bien sûr, mais on
demandera aussi l'accord des familles, qui seront motivées par une
petite prime et le droit de faire un autre enfant. Qui sait, peut-être
un garçon... Les postulantes continuent leurs
études, mais y ajoutent l'apprentissage des us et coutumes de l'Europe
et d'une langue occidentale, l'anglais par défaut, mais toute autre, si
la demande est là. Pour la demande, c'est l'Europe qui tient sa part du
contrat.
L'Europe identifie un nombre identique de
jeunes célibataires disposés à convoler à ces conditions et s'assure
qu'ils sont en parfaite santé, ouverts d'esprit, « libres et de bonnes
moeurs». Quand on a un Roméo pour chaque Juliette, on applique les
nouvelles procédures maintenant standard pour se courtiser:
correspondance, Internet, échanges de photos. L'EU prendra la facture.
N'est-ce pas la Chine qui investit la ressource humaine ? En deux ans,
les couples se sont formés et la jeune Chinoise, ayant atteint 18 ans,
est prête pour son grand voyage. Cérémonies sur la Tienanmen;
on les marie par cohortes et les ambassadeurs européens
officient. Ensuite, les jeunes mariées, devenues citoyennes
européennes par leur mariage, n'ont plus qu'à prendre l'avion vers
l'Europe. Elles y seront accueillies par un organisme communautaire ad
hoc qui suivra l'expérience.
L'EU - assistée d'une
mission d'observation chinoise permanente - suivra chaque
dossier avec diligence. Pendant la grossesse, subvention généreuse de
l'État. Après la naissance, encore des subventions et un suivi
psychopédagogique constant. Ajouter sans mesquinerie une même
subvention pour chaque enfant supplémentaire. La même
subvention, non dégressive, s'ils font un deuxième, un troisième un
quatrième enfant, peut-être même une prime. Ce sont
les frais de premier établissement qui sont coûteux et les
résultats seront plus probants si d’autres enfants naissent au sein des
couples ainsi constitués.
Tous ces enfants sont
considérés comme les pupilles de l'État. Ils sont protégés contre toute
forme de racisme. D'abord par un apprentissage préceptoral en
maternelle se prolongeant quelques années au
primaire. On les garde ensemble le temps
qu’ils développent un esprit de corps solide, afin
qu'ils ne soient pas victimes d'ostracisme. Si l'expérience pilote est
un succès, on pourra réaliser le projet à grande échelle. On
sera surpris de ce que ces jeunes élevés sans prjugés pourront faire
quand ils arriveront à maturité. S’ils sont nombreux, ils pourraient
avoir un impact significatif sur l'avenir de l'Europe. On
aura introduit un trait d’union entre Chinois et Ocidentaux.
On aura accepté de faire ensemble un geste concret pour aller l’un vers
l’autre.
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