08 09.16
La crise dans le miroir
Je rappelais, la semaine
dernière, que l’on avait créée aux USA des dizaines de trillions
(milliers de milliards) de dollars, qui ne pourraient être mis en
circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent
aucune valeur. Je disais que cette pseudo richesse constituait une
valeur totalement évanescente et qu’il suffirait d’une crise de
confiance pour la faire disparaître…. L’avenir me paraissait
bien incertain. Où en sommes nous 7 jours plus tard ?
De
la même façon que Lamartine pouvait dire que les 5 années suivant 1789
avaient été 5 siècles pour la France, on pourrait dire, aujourd’hui,
que cette dernière semaine a été cinq décennies pour
l’Amérique. L’ordre financier établi à Bretton Woods en 1944
- ordre parfois retouché, mais jamais vraiment remis en question - est
à mourir sous nos yeux. Or, c’est la cadre dans lequel le
monde évolue.
Que ce système meure n’est pas une
surprise. Il portait ses contradictions et ne pouvait durer
toujours. Il nous a donné 64 ans de paix, ce n’est pas rien;
c’est comment il mourra qui importe.
Pourquoi notre
système ne pouvait-il pas durer ? Parce que, pour faire fonctionner une
économie industrielle, il fallait créer une consommation de masse qui
corresponde a une production de masse et maintenir la demande
effective. Il fallait donc donner aux consommateurs –
essentiellement les travailleurs - la valeur réelle de ce
TOUT ce qu’ils produisaient, sans quoi une partie de la
production ne se vendrait pas et les producteurs seraient ruinés.
Il
fallait aussi, cependant, que les investisseurs s’enrichissent, sans
quoi le jeu serait sans intérêt. Comment tout donner aux uns
en gardant une part pour les autres ? En créant une richesse monétaire
supérieure a la richesse réelle qu’elle prétendait
représenter. N’était-ce pas la recette pour une insupportable
Inflation ? Pas vraiment, dans la mesure où l’excédent irait
vers les « riches », ceux dont le besoins sont satisfaits et dont la
consommation n’augmente donc plus quand leur richesse augmente.
Les
riches consomment peu. Relativement peu.
Les Ferrraris, les Paradis et les Cohibas ne sont qu’un frisson sur la
courbe de consommation. Les riches épargnent et investissent,
mais ils ne consomment pas plus quand ils s’enrichissent. Pas
de consommation, pas de demande supplémentaire et pas de
pression inflationniste. On peut créer donc tout
l’argent qu’on veut… s’il reste aux mains des
riches. Si cet argent ne va pas vers la consommation, ce
n’est que du papier… et ça leur fait tellement plaisir
! Ça les motive, ça énergise, ça fait une économie
qui se développe…
Tout se passe comme s’il y avait deux (2)
richesses distinctes….Une pour les riches et une pour les autres. Alors
pourquoi se gêner ? On équilibre le revenu rendu disponible aux
consommateurs pour qu’il permette d’acquérir la production…
et on crée une richesse distincte pour les riches, avec
laquelle ils s’amusent. Parfait. Mais on savait bien que cet
écart croissant entre illusion et réalité ne pouvait qu’atteindre un
seuil qui ne pourrait être dépasssé. On achetait un temps de
bonheur et de paix.
Peu a peu, avec la valse des
trillions créés, le jeu est devenu si passionnant que la réalité de la
production est devenue sans intérêt. Les trillions ont été
crées et échangés sans qu’on produise pour les vrais besoins, de sorte
que le niveau de vie réel de la population a cessé
d’augmenter depuis une génération, tandis que les progrès de la
technologie suggéraient qu’il aurait dû doubler. On a créé des
trillions, mais au lieu de produire plus on s’est contenté de spéculer
davantage. Tout s’est passé dans le miroir
monétaire. Miroir en latin se dit « speculum ».
Les
montants on perdu toute signification. La Bourse, nous
l’avons vu, a multiplié par 17 en quelques années la valeur des stocks,
sans que rien dans le monde réel ne le justifie… La réalité est devenue
un appendice si insignifiant de la spéculation des riches qu’on en a
oublié qu’elle existait. Si, dans une construction financière
pyramidale qui sur papier valait dix millions, on mettait quelque part
un petit domino appelé « maison » qui valait cent
mille dollars, ce petit domino ne recevait, de ceux en haut
de la pyramide, que l’attention que méritait 1% de l’édifice.
Il pouvait glisser dans la marge d’estimation…
On a
pu oublier que ce petit domino était la seule réalité dans un vaste
montage de papiers et de notations virtuelles. Le seul
élément qui concernait un vrai consommateur. La seule chose
bien tangible, qu’on ne pouvait pas dupliquer d’un clic ou déplacer
d’un écran à un autre.
Quand les circonstances ont
mis en péril la propriété des maisons elles-mêmes, on a donc
continué d’agir comme si c’étaient les montages financiers auxquels ces
maison servaient de caution qui étaient importants. Comment un
financier pourrait-il voir les choses autrement, alors que le montage
financier a ses livres vaut 100 fois le prix de cette maison…
? Mais la maison est RÉELLE… alors que les montages du
financier sont des jeux, dans un univers onirique et avec de l’argent
qui ne vaut rien.
L’écart entre réalité et illusion
a atteint sa limite. Il y a donc une prise de conscience à
faire. Le gouvernement des USA va-t-il intervenir
et sauver les propriétaires de maisons en leur prêtant l’argent
nécessaire pour qu’ils en gardent la propriété… ou va-t-il voler au
secours des institution financières et de leurs problèmes virtuels,
avec le résultat pratique que celles-ci vont se retrouver
propriétaires d’un stock de maisons qu’elles devront écouler
à rabais, faisant s’effondrer le marché immobilier et mettant en
difficultés financières sérieuses TOUTE la classe moyenne des USA ?
Pour
bien comprendre le ridicule des grincements de dents des institutions
financières, il faut se souvenir que les 700 milliards de
dollars que demande Paulson - et les centaines de milliards qu’a déjà
coûtés la reprise de Fannie et Freddie ! - ne représentent
qu’une fraction des 3 trillions de dollars de transaction monétaires
qui ont lieu chaque jour dans le monde. Cet argent n’existe que dans le
miroir. C’est un argent illusoire, comme on en imprime sans compter
tous les jours… Alors que les maisons sont réelles.
Si,
obnubilé par ses propres mensonges, le capitalisme sacrifie la
réalité pour l’apparence, il va plonger le monde dans une
crise qu’il n’aurait pourtant qu’un geste à faire pour
éviter. Inconcevable, qu’il ne fasse pas
cette prise de conscience ?… Mais « les dieux rendent fous
ceux qu’ils veulent perdre »…
Dans
quelques jours on saura
Pierre
JC Allard
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