08 10 01
Après la crise...
La
plupart des gens, ce matin, vont se lever et vaquer à leurs occupations
tout comme la semaine ou le mois dernier. On n’a pas encore vraiment
pris conscience des conséquences de la crise financière qui vient de se
produire. Nous sommes comme la victime d’un accident, encore sous le
choc, qui ne ressent pas encore la douleur et regarde son bras
sectionné avec incrédulité.
Il faut arrêter
l’hémorragie et on va lui poser un garrot. Il est essentiel, bien sûr,
de faire tout de suite ce qu’il faut faire. Il faut nationaliser les
institutions financières, rembourser la dette publique pour créer un
afflux de liquidités, remettre sous contrôle de l’État et donc des
citoyens le pouvoir de battre monnaie, car tout cet argent qu’on a
connu et qui est là n’a plus aucune valeur ; la confiance est devenue
le seul étalon.
On connaîtra une intervention de
l’État à laquelle notre société capitaliste ne nous a pas habitués. On
devra accepter des contrôles inusités sur l’économie, une mise en
veilleuse, peut-être, de certaines libertés que nous tenons pour
acquises. Il y aura un mauvais moment à passer. Il faudra parler bien
davantage de cette crise et des façons d’en sortir. Nous le ferons,
mais nous ne le ferons pas ici en 1 000 mots.
Aujourd’hui,
avant d’entreprendre courageusement le traitement, prenons juste une
minute pour comprendre d’abord que la crise était inévitable. Elle
était inscrite dans les gènes de notre société qui avait atteint
l’abondance, mais où s’étaient développés des malformations
structurelles et des dysfonctionnements dont les signes les plus
apparents étaient la misère et la violence. Une injustice omniprésente.
Nous
avions développé une société d’abondance, bâtie sur la complexité et
donc la complémentarité, sans vouloir comprendre que cette
complémentarité allait de paire avec un interdépendance croissante et
que la solidarité comme la liberté devenaient donc incontournables.
Nous étions dans un cul-de-sac. Cette crise va nous forcer à remettre
les facteurs de production dans le bon rapport de forces et à prendre
une autre direction, créant une nouvelle société.
Une
minute donc pour comprendre la crise, deux pour comprendre qu’au-dela
de la crise les choses seront différentes. C’est en le comprenant qu’on
retrouvera l’espoir, mais ne l’oublions surtout pas, car si un garrot
est nécessaire, le moment critique est quand on l’enlève … Aujourd’hui,
il faut vivre avec la crise. Demain il faudra vivre dans une nouvelle
société. Quelle société ?
Cette nouvelle société se
définira par une nouvelle façon de produire, de gouverner et d’offrir
des services à la population. Le but d’une société est d’apporter à
l’individu la satisfaction de ses besoins objectifs, sans porter
atteinte à la liberté de chacun de chercher à satisfaire aussi tous
ceux de ses désirs qui ne s’opposent pas aux besoins et à la liberté
d’autrui.
La mission de l’État est de mettre en
place et de gérer les structures qui permettront de protéger les
sociétaires, d’assurer la communication entre eux, de favoriser leur
mieux-être, leur enrichissement et leur épanouissement personnel selon
les critères qu’eux-mêmes auront choisis. Pour le faire, une nouvelle
société se réclamera toujours de la démocratie pour tout ce qui fera
consensus, mais par-delà la démocratie elle créera un espace libertaire.
Le
gouvernement démocratiquement choisi d’une nouvelle société ne prendra
que les décisions qui doivent lier nécessairement tous les sociétaires
pour que leur but commun soit atteint. Cette mission accomplie; pour
tout ce qui n’est pas ainsi essentiel, il laissera le pouvoir de
décision aux individus et à des structures organisationnelles
auxquelles ceux-ci adhèreront librement.
La société
en gestation sera tolérante et permissive. L’État assurera la sécurité
et l’ordre public en mettant l’accent sur la prévention et la
protection, plutôt que sur le châtiment et la réhabilitation. La
résolution des conflits sera immédiate et gratuite, reposant sur une
justice d’équité et souvent sur l’arbitrage.
La
nouvelle société sera entrepreneuriale, mais garantira à tous un
travail et un revenu adéquat. L’État n’y produira pas lui-même des
biens et services, mais en assurera la disponibilité et en contrôlera
la qualité. Les ressources naturelles y seront exploitées dans
l’intérêt commun. Il sera mis fin à leur gaspillage et l’environnement
sera protégé, mais une nouvelle société sera essentiellement humaniste.
Gaïa y restera au service de l’Homme, non l’inverse.
Dans
la société en gestation, la propriété privée est respectée, personne
n’est spolié et la richesse n’est pas confisquée, mais les ressources
financières globales sont mises en mouvement au profit de
l’entrepreneuriat. L’enrichissement passif par la simple accumulation
d’intérêts nous a conduit a la situation actuelle ; cette accumulation
sera désormais contrecarrée par une inflation contrôlée et une
politique fiscale qui taxera le capital plutôt que le revenu ou la
consommation.
Dans une nouvelle société, l’éducation
repose sur une relation personnalisée entre un enseignant et un
apprenant, la santé sur une relation permanente entre l’individu et son
médecin, à laquelle interviennent au besoin des spécialistes, mais où
le patient est toujours le capitaine du navire. L’État prend en charge
le coût des services essentiels, mais par capitation, en respectant le
libre choix des utilisateurs de services et en y soumettant la
rémunération des fournisseurs.
Une nouvelle société
remettra continuellement en question toutes ses méthodes comme ses
politiques. Elle aura le préjugé favorable au changement qui découle de
la certitude que l’on marche dans la bonne voie. Vers plus de justice.
Qu’on
marche vers la paix, aussi, car une société juste a pour destinée
manifeste de devenir globale, servant de cadre à une confédération
mondiale qui respecte les diverses cultures, chacune dans son aire.
Ceux qui n’ont rien sont aidés à atteindre au plus tôt le seuil à
partir duquel ils n’auront plus à l’être.
La nuit
vient de tomber. Ce ne sera pas tout de suite la joie, mais l’aurore
viendra et il y aura un jour meilleur. Pensons y deux minutes… Puis
mettons nous au travail.
Pierre
JC Allard
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