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L'argent
pour rire
Le
systeme a pu rendre fonctionnel un systeme qui supposait
qu'on
se
gave sans engraisser, en ne donnant a chacun que ce dont il voulait se
nourrir, comme les petits koalas qui seuls se délectent des feuilles
d'eucalyptus. Le riche porte son fric à la banque. Le pauvre
achete des vivres, mais son épicier ou le fournisseur de son épicier
porta aussi le fric a la banque. Le surplus d'argent est
éliminé
aussi sûrement qu'un exces de vitamine C.
Métabolisme
social parfait, pour autant que l'ingestion soit totalement contrôlée.
Plus question, donc, d'or ou de friandises; c'est l'État qui,
comme Humpty Dumpty, va décider de ce que veut
dire"richesse". Quand son pouvoir s'affirme, l'État n'a plus à
confirmer le poids en or ou en argent d'une pièce en y posant
son
sceau. Sa seule signature suffit et le papier peut devenir monnaie.
Dès
que la corruption s'est avérée plus efficace
que la violence, la richesse s'est donc confondu pratiquement avec le
pouvoir, puisque, dans un monde où l'argent peut satisfaire
les
désirs, la richesse apporte le pouvoir, mais que c'est le Pouvoir qui
imprime la richesse. Il suffit qu'on y croit et celui qui est fort est
cru.
Le
Pouvoir qui est cru crée
l'argent qu'il veut et le donne à qui il veut; c'est une création
totale, discrétionnaire. L'argent, qui est devenu le symbole ultime du
pouvoir, passe sous le contrôle absolu du Pouvoir lui-même. On est
riche ou pauvre, désormais, par simple décision du Pouvoir, décision
prise et exécutée selon des règles que le Pouvoir détermine. On laisse
alors les balbutiements et l'on peut créer un véritable capitalisme.
La
règle première et
suffisante, celle qui crée le
capitalisme et assure au Pouvoir le contrôle imparable des conditions
d'échange, c'est que quiconque a de l'argent en reçoit plus. C'est ce
qu'on appelle toucher un intérêt. Le montant de cette prime à la
richesse est fixé de façon à maintenir la stabilité du pouvoir en
enrichissant les plus riches, en préservant l'aisance de ceux qui ont
quelques biens et donc quelque pouvoir et en exploitant les autres.
On
appelle Banque l'entité
qui gère cette opération
récurrente. Le mécanisme précis de création d'argent passe par le
privilège de la Banque de prêter ce qu'elle n'a pas; ce privilège lui
est garanti par l'État, lequel "émet des obligations", qui sont autant
de promesses de donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup, tout en
contrôlant l'inflation qui devrait en résulter en réduisant la
consommation de ceux qui manquent du nécessaire. Le paiement gracieux
d'un intérêt par l'État à la Banque détermine le taux d'intérêt à tous
les paliers de la structure et équivaut au détournement continuel de la
plus value du travail de la société vers les membres de l'alliance
dominante.
Il
n'y a aucune logique au paiement
d'un intérêt par l'État, puisque c'est lui qui crée ou fait créer
l'argent, si ce n'est le maintien du pouvoir en place. Les
rationalisations qu'on en donne s'appuient sur des pétitions de
principe et des sophismes Seul un lavage de cerveau incessant empêche
la population de se rendre compte que là est la source de toute
iniquité. Seule une population totalement endoctrinée peut croire aux
balivernes qu'on lui raconte pour justifier ce transfert éhonté de
richesse des pauvres vers les riches.
Aussi
longtemps que la richesse a un support matériel, pourtant, la richesse
est en péril. On peut engranger les récoltes, on peut thésauriser l'or,
cacher des billets de banques, mais ces biens demeurent appropriables
par la violence, vulnérables à des "accidents", guerres, catastrophes,
etc. La solution finale, pour le capitalisme, a été l'identification de
la richesse à un symbole totalement intangible et donc PARFAITEMENT
contrôlable: l'argent électronique. L'argent électronique est
invulnérable.
Il
est
invulnérable, parce qu'il ne
repose sur rien d'autre qu'un consensus. Une note électronique à coté
de votre nom, sur un ordinateur, peut faire de vous le maître du monde.
C'est une décision libre, réversible, sans contrainte et arbitraire du
Pouvoir, le Pouvoir étant l'équipe qui assure le fonctionnement et la
permanence du système : l'élément décisionnel de l'alliance dominante.
Le
Pouvoir peut effacer
cette note électronique et rien de
tangible ne se passe; il peut la ré-écrire, l'effacer à nouveau... la
magie n'est pas là. Mais que le Pouvoir fasse connaître OFFICIELLEMENT
que la note n'est plus là et vous n'êtes plus rien. C'est la situation
de César qui ferait apparaître des légions armées en nombre infini,
d'un simple effort de volonté. Aucune gouvernance n'a jamais été aussi
proche d'un pouvoir divin.
Quand
le New Deal et les mesures similaires qui ont été ensuite adoptées un
peu partout dans le monde ont permis de passer au néolibéralisme, il ne
s'agissait que de redistribuer des cartes dont on gardait les as dans
sa
manche. On pourrait bien donner tout l'argent qu'on voudrait à qui on
voudrait, il ne s'agissait que d"équilibrer une production et une
consommation en gardant le peuple trtanquille et en
donnant aux
puissants ce qu'ils voulaient... ce qui, dans le monde du
tangible, n'était vraiment pas grand chose.
On
allait vers l'abondance et, plus on s'en rapprochait, plus
l'arc-en-ciel paraissait diaphane. Plus le jeu de produire paraissait
une simple excuse pour donner un sens à la vie, plus les enjeux
semblaient irréels, comme des reflets dans un miroir. L'argent pour
rire n'était qu'un des éléments d'un épisode d'amour courtois, entre
les
besoins traditionnels de l'humain ... et la hantise de ne plus trop
savoir
a quel désir se vouer ni pour quoi rompre des lances,
maintenant que la dame Abondance avait dit oui.
Pierre JC
Allard
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