Le
Capital a choisi l'assistanat plutôt que le partage du pouvoir
qu'impliquait l'entrereneuriat. Cette
décision prise, il aurait pu tout au moins reconnaitre
sa dernière
erreur et reprendre la redistribution de la richesse inopinément
interrompue, augmentant la valeur du travail et enrichissant
d'abord les travailleurs, puis éventuellement les capitalistes
eux-mêmes. Le Système a préféré la solution périlleuse
de
contenter tout le monde et d'abord ses amis. Il l'a tenté en
trois (3) mouvements.Reagan a d'abord mis les riches à
l'abri de tout nouvel effet de
redistribution de la richesse, en réduisant les impôts qui leur avaient
été imposés pendant les Trente Glorieuses et
en rétablissant un taux d'intérêt assez supérieur à l'inflation pour
que, toute fiscalité prise en compte, un riche puisse encore devenir
plus riche en ne faisant rien et sans courir aucun risque, par simple
accumulation des intérêts sur un capital oisif.Les
amis servis, on s’est concilié la strate supérieure de la classe
moyenne, celle qui contrôle de fait le processus démocratique qui sert
de faire valoir au Système. Cette strate est essentiellement composée
de
petits propriétaires, on pouvait donc tenir ceux-ci indemnes de toute
contribution au processus de redistribution en leur faisant réaliser,
par
l'inflation, un gain en capital sur leur propriété supérieur à ce
qu'ils contribuaient en impôts.Qui
allait subventionner la consommation des laissés pour compte, toujours
nécessaire au fonctionnement de l'économie, si ni les capitalistes, ni
la classe moyenne aisée n'y contribuaient? La seule cible restait la
strate
inférieure de la classe moyenne, ceux qui payaient des impôts à la
source et qui, n'étant que locataires, ne bénéficiaient pas de
l'inflation.Il
était manifestement impossible, cependant, sans les paupériser
eux-mêmes, de soutirer des seuls travailleurs/locataires le coût de la
subsistance des pauvres et de l'enrichissement constant des nantis. Il
fallait donner aux pauvres le pouvoir d'achat qu'il fallait et
permettre aux propriétaires de tirer leur épingle du jeu, tout en
laissant les riches engranger des intérêts, mais sans faire basculer
une majorité des travailleurs dans la pauvreté. Le
Système a choisi la solution de la fuite en avant. Poussant le Postulat
des Deux Richesses à sa conclusion logique, il a simplement créé
l'argent qui lui manquait. Le Système a
fait plaisir à tout le monde en distribuant largement de l'argent qui
ne correspondait à aucune valeur réelle. Pour
régler ses fins de mois, le système allait, plus que jamais, créer une
richesse virtuelle.
Il
l'a fait en maintenant les intérêts élevés, alors que la surabondance
de capitaux aurait du mener à des taux bas ou même négatifs. Au Canada,
par exemple, des obligations de l'État portant 19 % d'intérêt ont pu
débuter en 1982 leur généreuse carrière et la poursuivre entre les
mains de ceux qui les avaient acquises, pendant que les politiques de
l'État ramenaient à 2 % l'inflation de 14 % qui avait justifié leur
émission…
En distribuant
cette richesse virtuelle aux riches, on pouvait satisfaire
leur ambition sans risque d'inflation, puisque cet argent ne serait
jamais utilisé pour la consommation, mais uniquement comme un outil de
pouvoir. Donner de l'argent aux riches dont
l'aisance assurait que cet argent ne trouve pas sa voie vers la
consommation n'avait déjà cependant plus rien d'innovateur. Le
problème étant devenu plus général, il fallait maintenant en donner un
peu à tout le monde, tout en gardant le même contrôle sur son
utilisation.
L'État a
d’abord convaincu les "presque-riches' a qui on donnait de l'argent pour
rire de ne pas le
dépenser. Des placements
irrésistibles pour les mieux nantis, des fonds de pension pour la
classe moyenne. On créait le mirage
d’une richesse qui viendrait plus tard…
Au lieu de récompenser ses
enfants doués en leur donnant plus de friandises, le Système ne leur a
plus offert que des images. On n’avait renoncé à l’irréaliste que pour
choisir l’imaginaire. En bourse se créait
une valeur fictive colossale
qui ne représentait aucune réalité et qui, comme un arc-en-ciel
n'existait que dans la mesure où l'on n'étendait pas la main pour y
toucher. Une chimère qui n'existerait
qu'aussi longtemps qu'on
feindrait d'y croire.
Au cours des 25 ans qui ont
suivi, l'indice Dow-Jones passerait de 800 à
13 000, multipliant par 17 la valeur des stocks en bourse. C'était un
ajout à la richesse des nantis d'une valeur monétaire supérieure à
celle de tout le patrimoine de la France ! Mais que valait RÉELLEMENT
cet ajout ?Les
actions d'une compagnie confèrent un droit au partage des profits à
tirer de la vente de ce que celle-ci produit. Mais si la population n'a
augmenté que modestement et son revenu par tête encore moins,
l'espérance des profits à retirer des biens et services qu'on peut
vendre au consommateur est-elle si supérieure à ce qu'elle était au
début de la période ?
En
l'absence d'une inflation qui, même désagréable,
aurait au moins maintenu un rapport entre la réalité et son symbole, on
créait une richesse de pur consensus et on permettait ainsi qu'il ne
subsiste plus aucune commune mesure entre la masse monétaire et les biens
réels que celle-ci prétendait représenter.
Pour
les pauvres il fallait être plus parcimonieux - pendant la même période, le
niveau de vie en dollars constants des classes moyenne aux
USA n'augmenterait pas d'un iota et celui des plus défavorisés
diminuerait, même un peu ! - mais s'assurer tout de
même que par le travail ou
l'assistanat la demande effecticve serait
suffisante. Encore un travail
d'orfevre...
On a compris qu'on ne s'en
sortirait qu'en contrôlant EXACTEMENT la
consommation de tout ce qu'on souhaitaient qu'ils consomment. Si pour les nantis, on pouvait
quitter la réalité et plonger dans
l'imaginaire, pourquoi s'en tenir à une approche encore bien lourdaude
de consommation impulsive pour gerer la demande effective des
petits consommateurs ? Pourquoi ne donner qu'aux riches les émotions de
l'hyperespace financier ? On a découvert la
magie du crédit.
Pierre JC Allard
SUITE
