07
L'Équation de la demande effective
Les consommateurs doivent toucher intégralement la valeur de la production
sans quoi, évidemment, celle-ci ne pourra se vendre entièrement. Or,
le consommateur, c'est celui qui consomme activement et personne d'autre. Le travailleur,
le petit entrepreneur jusqu'à ce qu'il réussisse, soit, mais pas le
riche. Pas le « gagnant ».
Le « gagnant » est celui dont les besoins sont repus de tout ce que
le système industriel peut produire. Ses revenus supplémentaires vont
au bas de laine ou à l'investissement et il n'est donc pas un consommateur
actif. Le Gagnant NE PEUT PAS recevoir en profit, en dividendes ou autrement une
parcelle de la valeur de la production totale, sans quoi la demande des consommateurs
ne sera pas effective pour la part de production dont ils n'auront pas touché
la valeur, cette part ne sera pas vendue et la crise viendra.
En pratique, ceci signifie que, quel que soit le résultat des escarmouches
entre le Capital et le Travail au palier d'une entreprise ou d'une autre, il faut,
en bout de piste, que l'on ait donné en revenu à l'ensemble des consommateurs
la pleine valeur de la production totale. Cette valeur, par définition, est
égale à la valeur de la somme du travail pour la produire, puisque
seul le travail crée une valeur réelle. Dans l'autre sens, l'équation
souligne cette évidence que le revenu distribué aux consommateurs
doit être égal au prix fixé à l'ensemble des biens produits.
Si on ne donne pas ce revenu au travailleur en rémunération de son
travail, on devra le donner à un autre consommateur « non travailleur
». Que ce soit la femme, les enfants ou les vieux parents du travailleur importe
peu, puisque, de toute façon, c'est toujours la valeur de son travail qui
est distribuée. Cette valeur, toutefois, ne peut être distribué
qu'à un consommateur, excluant donc les Gagnants, ceux dont les désirs
sont satisfaits.
EGAL. Pas plus, pas moins. Si on donne plus, il y a inflation jusqu'à ce
que la valeur du revenu baisse et rejoigne la valeur de la production, ce qui ne
se fait pas sans quelques grincements de dents ; si on donne moins, quelque chose
ne se vendra pas. Un consommateur en sera privé, mais quelqu'un aussi sera
ruiné... et ce sera l'un de « ceux dont les désirs sont satisfaits
».
Le concept d'épargne n'est pas disparu, mais on ne pense plus à une part de la production mise en réserve comme une récolte engrangée et devenant automatiquemnt un capital passif utile. Dans une structure industrielle, seule une partie infime de la production doit aller vers les stocks, et l'intérêt de tous est que cette part soit minimisée.
La vrai capital "actif", celui qui compte, nait d'une part de la production qui va vers la production d'équipement, la formation de capital fixe. Même s'il s'agit de consommation intermédiaire en amont de la consommation finale, cette part est elle aussi consommée. La production du capital fixe ne fait pas moins appel au facteur travail et ce capital fixe ne prendra une valeur que par la vente des éléments de la consommation finale qu'il aura produit. Le revenu global distribué aux consommateurs doit donc équivaloir au prix fixé à la consommation finale, même si ce revenu correspond à un travail effectué dans la production intermédiaire de capîtal fixe.
Cette équation de la demande effective globale, d'ailleurs, quand on écarte le voile monétaire et qu'on voit la réalité, est d'une parfaite
évidence. Tous les biens qui sortent des usines ne peuvent être achetés
et utilisés que par ceux qui en veulent. La part de la production que consomment
les Gagnants ne peut pas être en proportion de leur richesse, mais seulement
fonction de leurs besoins insatisfaits, lesquels diminuent avec leur richesse et
tendent donc vers zéro.
Si on voit les produits comme une réalité, c'est-à-dire comme
des matières premières que le travail a rendues utiles ou tout au
moins désirables, on constate que les Gagnants ne consomment pas beaucoup
plus que les autres. Dès qu'on sort de la misère -- qui est une anomalie
dans une société d'abondance -- les riches, comme les pauvres, ne
consomment des « biens » qu'en proportion de leur nombre et en fonction
inverse de leurs besoins satisfaits.
Ils consomment aussi des services, nous en parlerons ailleurs, mais pour les fins
de l'industrie ils sont définis par leur satiété. Ils ne «
consomment », en plus des biens courants qu'il n'est pas nécessaire
d'être riche pour consommer, que des valeurs intangibles qui dépendent
de goûts acquis, des griffes et autres critères subjectifs qui font
qu'un chambertin n'est pas un beaujolais. Ils consomment ces intangibles à
la hauteur des désirs qu'on peut leur créer, mais l'impact de ces
intangibles sur le travail et les ressources et donc sur la réalité
de la production sont dérisoires.
On ne peut modifier les objectifs de production de l'industrie pour ne satisfaire
que les riches. Un artisanat de luxe peut vivre de la seule clientèle des
nantis, parce que chaque nouveau produit correspond à un nouveau désir
; mais, si on produit industriellement beaucoup d'objets identiques, celui qui a
tout n'est pas un bon client. Une production de masse doit être consommée
par la masse et c'est à la masse qu'il faut donner les moyens de l'acquérir.
Si on ne le fait pas, la crise vient.
En octobre 1929, un krach boursier est venu compliquer la vie des capitalistes qui
ont réagi à la frustration d'être privé du superflu en
ne mettant plus entre les mains de ceux dont les besoins restaient à satisfaire
- en clair, les travailleurs - assez d'argent pour qu'ils puissent acheter tout
ce qui était produit. De là on a produit moins, travaillé moins,
distribué encore moins de revenus et créé la crise qu'on appréhendait.
Un système de capitalisme industriel est prêt à faire le nécessaire
pour qu'une crise n'arrive pas et si, par inadvertance, on a laissé venir
la crise et qu'elle est déjà là, investisseurs et producteurs
seront prêts à consentir beaucoup de sacrifices pour qu'on y mette
fin sans tarder. Beaucoup de sacrifices, même à implorer l'État
d'intervenir, puisqu'il faut une action collective. On ne les fera pas de gaieté
de coeur, mais s'il le faut vraiment, on les fera.
Aux USA, vers 1932, on a compris qu'il le fallait vraiment. Il le fallait d'autant
plus que, depuis une quinzaine d'années, un autre modèle de société
était mis à l'essai en URSS où les investisseurs n'avaient
pas la part si belle. Au cours de la Grande Crise, vers 1933, Roosevelt a donc pu
obtenir de grands sacrifices de la classe des investisseurs.
Vous pouvez maintenant commenter cet article au
BLOG Nouvelle Société !
(Cliquer ici).
SUITE