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Secteurs primaire et secondaire
On scinde
traditionnellement le volet de production des biens tangibles entre un
secteur primaire qui nous procure les ressources naturelles et un
secteur secondaire qui les transforme. Pourquoi cette
distinction ? Il n’y a pas vraiment solution de continuité dans le
processus de production de biens tangibles qui va de la
découverte de la ressource naturelle a sa consommation, en
passant par sa transformation.
Aussi longtemps
qu’on se fixe sur la production massive de type
industriel, la production au primaire ne diffère plus tant de la
production au secondaire. Les méthodes de ces deux secteurs se sont
largement confondues avec les progrès de la mécanisation et obéissent
maintenant aux mêmes règles. L’une est en amont et l’autre en aval,
mais, on produit de la même façon.
Leurs activités
artisanales respectives sont encore différentes, bien sûr, celles du
primaire se retrouvant essentiellement – mais pas exclusivement - dans
la branche alimentation, pour satisfaire une autoconsommation, alors
que celles du secondaire répondent à un goût qui croît avec l’abondance
pour le "sur mesure", mais c’est un critère bien marginal
pour distinguer entre deux grands secteurs de production.
La
production de biens tangibles constitue un processus unifié.
Il faut trouver la source des matières premières requises,
puis en confier les transformations successives et ensuite la
distribution aux travailleurs compétents. C’est une suite de décisions.
Pourquoi parler encore de primaire et de secondaire ?
D’autant plus que la frontière entre les deux apparaît de
pure convention, puisqu’on met bien où l’on veut le seuil à partir
duquel une ressource naturelle peut être dite « transformée
».
Même si elle est en partie
arbitraire, toutefois, la distinction entre primaire et secondaire
garde néanmoins un énorme intérêt, car dès qu’on parle
matière et biens tangibles le Capital a un rôle prépondérant à jouer.
Or, la légitimité du rôle du Capital dans ces deux secteurs n’est pas
du tout la même et le rôle que doit jouer l’État y est donc différent.
Au
secteur primaire, ce sont les ressources elles-mêmes qui sont
le véritable capital à exploiter. L’appropriation initiale
d’une ressource naturelle s'étant toujours faite par la force, toute
propriété d’une ressource naturelle au-delà des droits que peut
conférer le travail qu’on a investi dans sa transformation est donc
illégitime, voire immorale. Le gain qu’on en retire est une
extorsion.
C'est en transitant par le processus de
transformation qu'une ressource naturelle devient un produit, dont la
valeur légitime sera alors la somme des valeurs ajoutées par le travail
qu’on y aura investi. À cette valeur travail peut
s’ajouter une provision qui permette d’assurer la perpétuelle
disponibilité de cette ressource ou, le cas échéant, sa
substitution par une ressource équivalente, mais ce qui excède de ce
travail et de cette provision est injustifié.
Seule
la collectivité - idéalement une gouvernance globale, mais en
son absence un État national – peut être propriétaire de bon
droit des ressources naturelles. Le capital privé,
comme propriétaire des ressources, n’y a pas sa place. Le
propriétaire de la ressource, c'est l’État et il apparaîtra toujours
donc à ce titre comme un partenaire obligé du processus de production
au secteur primaire.
Au secondaire, au contraire, la
propriété privée doit être la regle. Pourquoi ? Parce qu’alors que la
propriété de la ressource naturelle ne repose que sur un brigandage. La
création du capital fixe, facteur crucial de la production au secteur
secondaire, est au contraire la résultante d’un travail et de l’apport
d’une matière qui, si on en supprime la composante «
extorsion », a acquis elle aussi une
valeur-travail. L’appropriation du capital fixe par ses
créateurs est parfaitement justifiée.
On peut
regretter que ce ne soit pas toujours ceux qui ont participé à la
création des moyens de production du secondaire qui en soient les
propriétaire, chacun selon son mérite, mais c’est un autre
débat. Ce qu’il faut noter ici, c’est que la
propriété individuelle du capital fixe au secteur
secondaire est légitime, alors qu’au primaire celle de la ressource
naturelle ne l’est pas.
C’est donc à ce critère plus
qu’a tout autre qu’il faut se référer pour déplacer la frontière entre
les deux secteurs. Il importe peu, en termes
d’exploitation, que mettre le riz en ballot, le bois en
billots ou le minerai de fer en lingots soit perçu comme une
activité du secteur primaire, ou secondaire… pour autant qu’on
maintienne la propriété de l’État sur la resource en voie de
transformation, aussi longtemps que la valeur ajoutée par le travail
n’a pas rendu négligeable la composante du prix de la resource brute
dans celui du produit en trasformation.
Le rôle de
l'État en production, dans une Nouvelle Société, n'est pas sauf
exceptions de produire, mais d'AIDER à produire. Dans le
volet des bien tangibles, cette aide prend deux (2) formes.
Une participation active au processus continu d’dentification
de la demande qui est la condition sine qua non d’une production pour
la “satisfaction” et un soutien à la concurrence qui est la meilleure
garantie de la motivation des producteurs et d'un sain dynamisme
économique.
Dans le secteur primaire, connaître la
demande est relativement facile. La demande pour une resource se déduit
de la somme : a) des marchés pour ses extrants remis directement aux
consommateurs et b) de ceux qui servent d’intrants à
l’industrie. Les quantités sont significatives pour chaque produit et
les erreurs d’estimation se compensent. C’est maintenir la
concurrence qui est le défi, exigeant souvent que l’État s’interpose,
pour créer des espaces où les producteurs pourront rivaliser à armes
égales
Dans le secteur secondaire, à l’inverse, la
concurrence pourra jouer plus facilement puisque la spécificité de
chaque produit devient pour chaque producteur l’occasion d’exprimer sa
créativité, ce qui est une forme loyale de compétition. En
revanche, cette même spécificité rend ardue l’estimation de la demande
et l’État doit intervenir pour favoriser une transparence dont le coût
n’est tolérable que s’il est pris en charge par la collectivité et
réparti sur tout le processus de commercialisation.
Dans
les textes suivants, nous discuterons en deux temps, d’abord du secteur
primaire et du rôle vital que doit y tenir l’État, puis d’un secteur
secondaire où c’est l’entrepreneuriat qui doit occuper presque toute la
place.
Pierre
JC Allard
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