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ONPF : Office national des produits
forestiers
L'exploitation
forestière apparaît a priori comme une forme d'agriculture. Elle
utilise une ressource renouvelable qui ne se distingue des
graminées ou autres plantes qu'en ceci que la repousse n'en est pas
annuelle, mais exige 20, 30, 40 ans ou plus. Est-ce une raison
suffisante pour lui accorder un traitement particulier ? Après tout,
d'autres cultures - la banane par exemple - n'ont pas non plus un cycle
annuel et l'on n'en fait pas des cas d'espèces. Pourquoi créer là où
l'importance de cette ressource le justifie, bien sûr - un Office
National des Produits Forestiers ?
Ce qui exige une
approche distincte, dans le cas de la foresterie, c'est d'abord que le
cycle de croissance est si long que ce qui serait ici l'équivalent
« rotation des cultures » devrait couvrir un territoire
énorme. Une simple règle de trois donne, pour chaque espèce, le rapport
de la jachère à l'exploitation active; le résultat est impressionnant.
L'importance de la foresterie sur le plan de l'occupation du territoire
est considérable.
C'est aussi que toute estimation
de la demande à si long terme comporte une marge d'erreur qui la rend
assez oiseuse. On ne sait même pas vraiment si, dans 20, 30 ou 40 ans,
progrès de la technologie pris en compte, on utilisera encore du bois
en quantité significative en construction ou si des journaux en papier
seront encore publiés !
En fait, il y a un risque
très significatif en foresterie que des prévisions qui ne sont que des
extrapolations bêtes conduisent à des investissements qui en forcent
ensuite la réalisation, biaisant de façon néfaste une évolution qui
autrement mènerait à une tout autre situation. Dit crûment, il n'est
pas certain que l'on construirait tant en bois, même aujourd'hui, si ce
n'était du capital fixe investi dans l'industrie forestière et du lobby
des producteurs de bois d'oeuvre. Il est improbable que l'on abattrait
tant d'arbres pour mettre un quotidien à la porte de chaque citoyen,
s'il n'y avait pas tant d'argent investi et tant de profit à faire –
peut-être - dans l'industrie des pâtes et papier.
Il
ne faut pas poursuivre dans cette voie, mais plutôt penser que ciments
et plastiques remplaceront tôt ou tard le bois en construction, de même
qu'une lecture sur des écrans devenus plus commodes remplacera peu à
peu le support papier. Une Nouvelle Société en fera l'un des objectifs
de sa politique environnementale. Dans cette optique, il est pratique
de considérer la foresterie, aujourd'hui et demain, comme une
singularité tenant à la fois de l’agriculture et de l’extraction.
Au
fur et à mesure que la demande pour les produits de la forêt diminuera
et qu'on pourra en prévoir avec plus d'exactitude la consommation pour
divers horizons, il se développera d'abord une véritable agriculture
forestière. Cette situation sera gérée selon les principes de tout
autre culture. Pour certaine espèces qui s'y prêtent, une forêt ne sera
abattue que pour être replantée et abattue à nouveau. Les règles de
ONPF se calqueront alors sur celles de l’Office National des Produits
agraires (ONPA).
Dans le respect des
exigence de la Direction Générale de l’Environnement, quiconque ayant
obtenu de la DGAT une concession forestière l’exploitera à sa
discrétion. Quiconque plantera un arbre aura le droit de l'abattre, et
qui ne le fait pas n’aura bientôt plus rien à exploiter… et pas d’autre
concession. Cette situation, cependant, ne s'appliquera que
sur une partie de la forêt.
Considérant
les exigences d'une demande et donc d'une production future
plus modeste, il faut prendre pour acquis qu’une large des terrains
aujourd'hui en exploitation forestière dans le monde ne seront pas
reboisés et que, si reboisement il y a, ce sera pour des fins ludiques
ou strictement environnementales. La scie et la hache n'y repasseront
plus que pour entretien. Il ne s'y établira pas une agriculture
forestière. Aux fins de l'exploitation forestière, l'arbre que l'on y
abat ne doit pas être considéré comme une ressource renouvelable.
L'arbre
centenaire qu'on coupe dans la forêt primale pour alimenter l'industrie
ne sera pas remplacé par un autre qu'on utilisera aux mêmes fins. Il
constitue donc une ressource naturelle unique qui appartient à la
collectivité et qui doit être exploitée avec au moins la même retenue
que le pétrole, le fer ou le nickel. Ce sont les règles de l'industrie
extractive telles que nous les avons décrites ailleurs qui doivent s'y
appliquer.
Nous ne reprendrons pas ici
ces règles in extenso. Redisons seulement que l'ONPF est la
seule propriétaire de la ressource. Elle l'exploite
en offrant des contrats d'exploitation à des concessionnaire qui, pour
les obtenir, s’engage à apporter produit brut les transformations qui
en optimisent les conditions d'entreposage, cette opération pouvant
déborder des frontières séparant les secteurs primaire et secondaire et
qui sont largement arbitraires. Le concessionnaire
forestier exploite la forêt en tout pragmatisme, selon les termes d’un
contrat type avec l’ONPF. Celui-ci prend livraison du produit,
l’entrepose, puis la vend au moment opportun selon
les besoins nationaux et la demande mondiale.
Tous
les terrains déboisés ne devant pas nécessairement être replantés pour
la foresterie, mais seulement ceux dont la Direction générale de
l'aménagement du territoire (DGAT) décide qu'ils doivent l'être, le
concessionnaire exploitant, quand sa concession se termine, a
l’obligation de remettre le terrain non pas en sa condition antérieure,
mais en la condition d'entretien minimal dont les règles
auront été précisées par son contrat. Le reboisement ou l'aménagement
du sol à d'autres fins seront pris en charge par l'État ou le prochain
concessionnaire, lesquels s'acquitteront de cette tâche avec plus
d'intérêt que celui qui vient d'en terminer la coupe.
Nous
n’en dirons pas plus. Bien sûr, il y a bien plus à dire, mais on entre
alors dans des considérations qui ne doivent être prises en compte qu’a
un autre palier de l’élaboration des politiques de l’État.
Pierre
JC Allard
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