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Un monde pour usagers
Dans
un système où la location est la façon normale de satisfaire un besoin,
mais où il n'est tout de même pas interdit d'acheter, c’est le taux
dégressif établissent de façon rationnelle et tout à fait empirique la
valeur de location normale de tout véhicule usagé qui devient le
déterminant de la valeur d'achat du produit lui-même et non l’inverse.
Des
contrats de location de durées variables peuvent sans difficulté
permettre des changements en cours de contrat, en échange naturellement
d'une prime à payer. On peut prévoir le changement du modèle loué pour
un plus récent après un an, deux ans, etc. On peut louer un modèle déjà
usagé et en prévoir le remplacement, après des mois ou des années, par
un autre, usagé également. Des marchés distincts s'établissent donc
pour ceux qui ne veulent louer que du neuf et pour ceux qui préfèrent
renoncer au prestige et louer la voiture de deux, trois ou cinq ans
d'âge. Pour ceux, aussi, qui cherchent une économie en louant des
voitures de dix ou vingt ans, ce qui sera tout à fait raisonnable quand
on construira des voitures pour qu'elles durent.
Cette
approche,
en plus de ces avantages évidents, a deux (2) autres conséquences
hautement bénéfiques. D'abord, celui d'intégrer tout le marché des
véhicules usagés à celui des véhicules neufs, ce qui permet aux
fabricants de raffiner encore davantage leurs plans de production pour
tenir compte de l'amortissement optimal du parc des véhicules
existants. Ensuite, de soumettre toutes les transactions touchant des
véhicules usagés aux règles de garanties établies pour les véhicules
neufs qui jouissent d'une caution de l'État, à la seule exception de la
règle touchant la garantie légale de fonctionnement minimal de (10 ans,
pour un véhicule), laquelle le commerçant locateur peut faire valoir
contre le fabricant, mais non le consommateur contre le locateur.
En
ce qui a trait à la relation entre l'usager et le locateur, la garantie
légale du véhicule n'a plus d'importance. Le locateur est astreint à
l'obligation plus exigeante de voir à ce que le locataire puisse
retirer le service prévu du bien loué, quelle qu'en soit la vétusté. Le
locateur d'un véhicule qui tombe en panne a la responsabilité d'en
fournir un autre sur le champ au client et de dédommager celui-ci des
inconvénients prévisibles qui résultent de cette panne.
On
comprend qu'à ces conditions, le locateur décide lui-même d'envoyer à
la casse les véhicules dont il estime que, compte tenu de la fréquence
des avaries, il ne peut plus tirer un profit. Ce n'est plus le
consommateur jocrisse qui doit prendre cette décision. En remplaçant
vente par location, on permet donc aussi au système de gérer
l'introduction raisonnable de l'innovation et l'on optimise le service
qu'on retire des biens produits, ce qui sont bien des objectifs qu'une
Nouvelle Société veut fixer à la production.
Nous
avons
mentionné les véhicules, mais le même scénario est possible pour les
ordinateurs, les électroménagers, l'ameublement Quand on pense à un
système de production sur commande et à la location des biens
semi-durables, on voit se profiler une amélioration qualitative
stupéfiante des équipements. Lorsque le fabricant ne calcule plus la
rentabilité de son entreprise en fonction du profit immédiat sur ses
ventes, mais plutôt en tenant compte des coûts et bénéfices de fournir
à ses clients un SERVICE permanent, durant une période illimitée,
changeant au besoin les produits qui leur procure ce service, il a une
nouvelle vision de sa mission. Et nous avons une économie sans
gaspillage.
Pour les produits en évolution rapide,
les prix de
location tiennent compte d'une mise à jour biennale, voire annuelle de
l'équipement. Faut-il souligner que les produits sont alors conçus pour
faciliter cette mise à jour plutôt que pour encourager la mise au
rancart ? Pour les produits dont la désuétude est moins rapide – et
souvent planifiée aujourd'hui sans autre raison que de maintenir actif
un marché autrement totalement saturé – c'est la pure qualité qui
devient l'objectif, puisque l'entretien et les réparations deviennent
les plus graves aléas du métier.
Il sera facile
d'obtenir
l'adhésion de la clientèle à cette transformation du marché des biens
semi-durables, la garantie du CNAA venant pallier le manque de
confiance qui s'est installé et qui détourne maintenant les
consommateurs de la qualité. Celui qui aujourd'hui achète un
réfrigérateur de 500 euros verra avec enthousiasme la possibilité de
louer, pour 10 ou 15 euros par mois durant dix ans, un appareil haut de
gamme qui en vaudrait de 1 200 a 1 800 à l'achat et dont on lui
garantira de façon crédible l'entretien inconditionnel sauf sinistre,
mauvaise foi ou grossière négligence.
Et quel
mobilier
pouvez-vous vous permettre, si on en étale le prix sur les 360
mensualités d'un contrat de location de 30 ans ? Surtout si vous
pouvez, à peu de frais, changer votre simili Louis XV usiné, mais de
haute qualité, pour un Queen Ann tout aussi manufacturé, mais de toute
aussi bonne facture, votre commerçant ayant déjà la liste des
propriétaires de Queen Ann qui voudraient du Louis XV ?
Cet
échange de biens industriels semi-durables, devenant peu à peu durables
parce qu'ils sont faits avec un souci de qualité qui leur confère
progressivement une valeur autre qu'utilitaire, va incessamment se
développer sur Internet ; il se développera mieux et offrira une
meilleure protection au consommateur si en sont parties prenantes des
fabricants et des commerçants reconnus.
Quand on
échappe au
miroir monétaire et qu'on voit la réalité des objets eux-mêmes, c'est
cette amélioration de la qualité de tout ce qui est produit - et donc
la possession croissante par tous et chacun de produits haut-de-gamme -
qui est la conséquence bien tangible d'une nouvelle structure de
production industrielle. Cette vision de la production comme
un
service nous conduit à parler de la production de
l'intangible.
Dans la Section P3, nous parlerons du secteur tertiaire.
Celui qui
tend à occuper toute la place..
Pierre
JC Allard
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