Dans la structure de
production qui est à se créer et qui fonctionne
par projets, l'individu, comme
travailleur-entrepreneur, a besoin d'aide pour faire les synthèses qui
sont indispensables à sa production. il a besoin d’information, il a besoin d’un
arbitrage incessant et que les règles soient constamment mises a jour. L'État lui fournit ce soutien. Mais l'aider à produire ce n'est pas suffisant. Avec la lampe magique, Aladin a tant de
choix à faire que c'est aussi comme consomateur qu'il a besoin
d'aide, car les projets sont innombrables.
Dès
que la complexité atteint un certain seuil, la production est atomisée
et ne peut répondre correctement à la demande que si on en fait une
multitude de combinaisons et de synthèses. Dans une structure
industrielle traditionnelle, ces combinaisons et ces synthèses sont
faites au niveau de l’offre, parce que c’est le capital qui sert de
ciment. Le produit offert est déjà une synthèse. Le
producteur produit, gère ses stocks et, par la
publicité, pousse
férocement à la consommation de ce qu’il peut offrir. Aladin
doit prendre ce qu’on lui donne ou il ne consomme pas.
Une Nouvelle
Société veut que ce soit le consommateur qui détermine l’offre, par ses
vrais besoins et ses vrais désirs. Quand l’offre est
surabondante, on peut donner ce pouvoir au consommateur; il peut frotter la lampe et demander ce qu’il veut. Aladin peut choisir entre une multitude de produits, car une économie où
les connaissances se multiplient le permet, mais le consommateur qui présente une demande un peu complexe ne peut recevoir une
réponse optimale à sa requête que si plusieurs spécialistes
interviennent. Répondre à sa demande peut être assimilé a un
projet.
Le consommateur a
des désirs, mais on y répond en lui proposant des projets. Des projets parfois simples, parfois complexe. Certains projets sont longs et exigent
d’importantes ressources, d’autres non,mais l’appellation «
projet » reflète toujours la réalité de la satisfaction d’un service
auquel interviennent plusieurs spécialistes.
Quand
il s'agit de produits matériels, avoir éxactement ce qu'il veut n'exige
qu'un assemblage d'éléments concret qu'il peut voir. Dans une société
tertiaire, cependant, il ne veut pas que des objets; il doit aussi choisir entre des services et il veut créer de nouvelles situations ; il veut se créer de nouveaux états d’être. Pour ça, il doit y aller à l'aveuglette. Il
doit imaginer sa satisfaction, puisque son désir est une image en lui qui n’existera comme réalité que quand il aura frotté la lampe.
Dans une structure de
production parcellaire, ils devront s’y mettre a plusieurs pour
réaliser son rêve et les intervenants eux-mêmes n’auront
qu’une vue fragmentaire du projet dont l'utilisateur est le seul concepteur. Tel pourra faire le croquis
de la trompe, tel autre celui de la queue et un troisième celui les
oreilles, mais Aladin sera seul à imaginer l’éléphant. Et ce n'est pas facile, surtout si l'on n'y connait rien...
Parfois, le projet est précis,
limité dans le temps et exige une simultanéité des interventions; c’est la situation du bloc
opératoire. Une intervention chirurgicale est un projet. Le consommateur de services peut alors avoir comme interlocuteur une entité qui réunit, hic et nunc toutes les compétences requises. Une ÉQUIPE, qui se donne un maître d’œuvre qui la gère, la coordonne, répartit les
tâches. Si, sans que tout doive être fait en même temps, le but visé est
néanmoins clairement identifié et les délais pour y parvenir si courts
qu’il est bien improbable que ce but soit modifié en cour d’exécution, s'en remettre à une équipe est aussi la meilleure solution. C'est le cas du patient en cours de traitement. Mais il y a un autre
scénario…
Si le consommateur veut un service « sur
mesure », mais que les temps d’exécution restent ouverts et que sa demande n’est ni immuable ni
rigide, pouvant changer selon les événements et se définissant comme une "direction" où chaque « bien » obtenu
révèle un «
mieux » à obtenir, on a une situation bien différente. C'est
le cas du projet de quiconque, par exemple. veut simplement "être en santé".
Ce deuxième
scénario exige, tout comme le premier, la gestion de la complémentarité
de compétences diverses. L’intervention d’un groupe de
spécialistes est alors toujours incontournable, mais puisque l’on ne connaît
pas avec certitude au départ - et qu’on ne connaîtra sans doute à aucun
moment par la suite - toutes les compétences qui seront requises, le
regroupement immédiat des spécialistes est impossible. L’équipe dont on a besoin n’est plus une réalité concrète à constituer
sur le champ. Elle devient elle-même un projet, qu’il s’agira d’assembler et de
compléter avec le temps. On doit alors tracer le plan qui
permettra d’atteindre le but fixé, construire une équipe "virtuelle" avec son échéancier peu ou
prou contraignant, établir la liste des ressources spécialisées
qu’on
souhaite y affecter, prévoir des solutions de rechange.... puis faire intervenir ensuiteen séquence et en
bon ordre les spécialistes aptes à mener par étapes le « projet » à
bonne fin.
Bavo. mais quand l’équipe n’existe que comme esquisse, qui identifiera les
experts qui doivent intervenir et dans quel ordre ils doivent
entrer en scène? Qui fixera les objectifs de
chacun ? Qui fera l'interface des moyens mis en oeuvre et la synthèse des résultats? ? Le demandeur de service n’y connaît rien et chacun des spécialistes impliqués, par définition, n’en
connaît que ce que lui en montre sa vision limitée. Qui sera le entre des consommateurs relativement de plus en plus
ignares et des spécialistes de plus en plus pointus et donc ignorants
du plan d’ensemble. Cette équipe virtuelle a aussi besoin d'un maitre-d'oeuvre.
Par défaut, c’est
le consommateur lui-même qui va se retrouver maître-d’œuvre de tous ces
"projets" que sont ses diverses demandes de service. Est-ce qu’on peut croire que, dans une économie devenue infiniment complexe, le citoyen consommateur de services pourra identifier ses besoins en termes des multiples expertises auxquelles il
devra faire appel pour les satisfaire. Pense-t-on qu'il puisse les gérer lui-même?
Bien illusoire de penser qu'il puisse le faire correctement... Si c’est l’utilisateur qui doit assumer cette fonction, le rêve peut devenir un cauchemar.Aladin doit se trouver un génie-conseil qui partage
avec lui la vision globale de chacun de ses rêves et soit son loyal maître d'oeuvre.
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