Il ne faut pas que la tyrannie de la compétence remplace celle
du capital pour berner le citoyen jocrisse. L’État mettra sur Internet toute l’information
sur les produits et services à consommer, mais cette mesure nécessaire
sera bien insuffisante. Pour bien profiter de l’abondance que
rend possible une structure de production modulaire entrepreneuriale,
le consommateur a besoin de quelqu’un qui travaille pour lui. il faut aider le consommateur à gérer
ses demandes, en mettant à sa disposition une expertise dont l'intérêt
sera de défendre les siens. Idéalement,
le consommateur, comme Phileas Fogg, aurait son Passepartout. Il aurait un Figaro ingénieux qui
connaîtrait tout et ferait tout pour lui. Ceci n’étant pas possible, il
faut mettre à son service une batterie de conseillers ayant chacun son
domaine de compétence et auxquels il peut d’adresser avec l’assurance
d’être servi loyalement. La fonction de ces conseillers ne
consistera pas à rendre ces services, mais de guider le citoyen
consommateur pour que celui-ci puisse décider en pleine connaissance de
cause des services qu’il veut recevoir.
Avec l’aide du
conseiller approprié, le consommateur choisira entre les spécialistes
dont il peut obtenir les services et définira les cheminements
qui lui permettront d’obtenir, de synthèse en synthèse, la satisfaction
de ses demandes plus complexes qui constituent en fait des
projets. L’exemple type de ce conseiller est le médecin de
famille, dont nous décrivons ailleurs les fonctions. Il apporte
le diagnostic – et donc l’aiguillage vers les spécialistes traitants –
et aussi la prévention et la compassion. Il ne prend pas de ristourne
des spécialistes, pas plus que le médecin, aujourd’hui, n’est censé
toucher une commission des pharmaciens. Il s’occupe de son
patient, qui est aussi son client, et il n’a pas d’autres intérêts que
les intérêts de ce dernier. Il est le maître d’œuvre de
celui-ci, dans le domaine de la santé.
Même chose dans le
domaine juridique où, dans une Nouvelle Société, un juriste est là qui
sert de conseiller à chaque citoyen et n’a plus le moindre intérêt dans
les procédures intentées, mais a au contraire, tout comme son client,
le plus grand intérêt à ce que les choses se règlent sans conflit et
avec célérité. Même chose pour les conseillers en orientation qui vont
guider le travailleur dans sa formation et son cheminement sur le
marché du travail. Même chose dans tous les cas où il y a une
décision à prendre quant aux services qui seront acquis. C’est le
consommateur qui prend la décision et qui choisit le regroupement des
services dont il a besoin, mais ses conseillers le conseillent, font
les démarches pour lui ou lui expliquent comment les faire.
Nous
suggérons aussi, ailleurs, la création d’un corps professionnel de «
cicérones », n’offrant pas d’autres services que de faciliter l’accès aux services que
fournissent l’État, les corps publics et leurs fonctionnaires. Le
cicérone doit e=etre un professionnel autonome qui travaille pour l’administré.
Il a pour mission de défendre les intérêts de celui-ci, son
client, dans tous ses rapports avec l’État et les autres organes de
gouvernance.
Le propre du cicérone, c’est qu’il a la
compétence d’un fonctionnaire, mais n’est pas une fonctionnaire. Il n’a
personne à satisfaire que ses clients. Il n’est responsable
d’aucune ineptie administrative qu’il doive camoufler et est donc, au
contraire, bien prompt à les dénoncer. Le travail des cicérones permet
de réduire d’autant le nombre des fonctionnaires et employés de l’État,
puisque ceux-ci ne reçoivent plus que des requêtes correctement
formulées.
C’est le
consommateur qui doit choisir ses conseillers, médecin, cicérone et autres dont le rôle est uniquement de le guider. La fonction de conseil doit etre nettement séparée de la vente et de la fourniture du service
lui-même. De la même façon qu’on trouve
judicieux, en gestion financière, de distinguer entre celui qui
donne l’ordre de faire un paiement et celui qui l’effectue, il
faut distinguer entre celui qui doit évaluer impartialement
l’adéquation des services au besoin et ceux qui qui tireront leur avantage de la fourniture de ces services. L'État doit s’assurer qu’il n’y a
pas entre eux une collusion qui permettrait à celui qui conseille de
bénéficier du travail de celui qui exécute. Qui rémunére le conseiller ?
Pour chaque service essentiel - ceux dont
l’État assurera le paiement dans une Nouvelle Société - chaque citoyen
a son conseiller payés
par l‘État, par capitation et qui n’a pas d’autres revenus
professionnels que ceux qu’il touche à servir ainsi de guide. Si un
conseiller
souhaite augmenter son revenu, il le peut en augmentant le nombre de
ses clients, ce qu’il pourra faire en leur donnant
satisfaction…
et donc en n’augmentant pas exagérément sa clientèle. C’est toujours le consommateur qui
choisit ses conseillers et qui demeure libre de suivre ou de ne pas
suivre leurs conseils.
Quand
il s’agit de services essentiels, c’est l’État qui rémunère le
conseiller, par capitation. Quand il ne s’agit pas de services essentiels,
c’est au consommateur qui le désire de payer les services d’un
conseiller qui est alors un « expert en consommation », spécialisé dans
le domaine de son choix. Immobilier, électronique, véhicules automobiles, etc
Cet expert qui va servir de
guide est un travailleur autonome. C'est un entrepreneur qui vend ses services à qui il veut et au
prix qu’il veut, sous réserve de trois (3) contraintes que lui impose
l’État. 1) Une totale transparence quant à sa formation et
à son expérience. 2) L’interdiction, s’il choisit de vendre son
expertise à titre de conseiller, d’agir aussi comme comme
fournisseur des services eux-mêmes ou d'en tirer une ristourne. 3) L’illégalité de toute forme de
rémunération liée à l’importance de la transaction recommandée ou au
fait que le client décide ou non d’y donner suite. On ne peut espérer
un avis impartial d’un expert, quel qu’il soit, si l’une des
alternatives entre lesquelles il doit choisir en donnant son avis lui
procure un avantage supplémentaire.
Ces conseillers sont
rémunérés au prix convenu avec leur client, à l’acte ou pour leur
disponibilité durant une période de temps donnée. Ils peuvent
déconseiller à leurs clients d’utiliser certains
fournisseurs de services, mais ils doivent toujours laissr à l'acheteur une gamme de choix possibles. Ils ne doivent pas devenir les rabateurs vers uelques fournisseurs seulemenet. sinon ils devront s’attendre à rendre compte des
conseils qu’ils auront donnés
Aidé
de ses conseillers, le consommateur
peut faire les choix nécessaires pour obtenir ce qu’il veut d’un marché
où l’offre de service est fragmentée entre un nombre considérable de
spécialistes. Il peut faire des syntheses. Ceci permet
d’optimiser la complémentarité tout en laissant chaque
spécialiste
autonome. La demande du consommateur peut être satisfaite. S'il a accès aux biens et services et si l'on produit bien ce qu'il veut.
Pierre
JC Allard
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